La mort de Simpson en 1967 : l'exemplarité d'une rupture médiatique dans la perception du dopage -du dopage festif au dopage dramatique

Numéro 2 | Le sport et la prison

VARIA - pp.108-163

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Pascal Charroin

  

13 juillet 1967, 13ème étape du Tour de France cycliste Marseille-Carpentras, 45° de température au soleil, ascension du mont Ventoux culminant à 1912 mètres d'altitude, 21 kilomètres de montée ; à 1500 mètres du sommet, le 7ème au classement général, Tom Simpson, titube, puis s'effondre. Transporté au C.H.U. d'Avignon par hélicoptère, malgré les soins prodigués par les médecins, le coureur âgé de 30 ans décède. Chaleur, effort intense et vraisemblablement prise d'amphétamines expliquent le drame. Dès mi-septembre 1967, la clôture de l'enquête est prononcée et les autorités médicales délivrent leur diagnostique : décès des suites d'un arrêt cardiaque.

Compte tenu des contingences matérielles et temporelles du protocole de recherche et du foisonnement des écrits et des discours à propos de l’affaire Simpson, appréhender une tel événement apparaît bien vite extrêmement fastidieux, Rapidement, une limitation du corpus à « investiger » s’impose. Cela donne d’ores et déjà toute la mesure, l’importance du drame Simpson en langage commun, la rupture Simpson dans la langue des historiens et la crise Simpson dans celle des sociologues et des économistes. Nous avons donc choisi délibérément de n’étudier que la presse principalement écrite, sportive et plus spécialement cycliste de 1967 et 1968, même si parfois des documents vidéo, des journaux généralistes ou des archives de la Fédération Française de Cyclisme et de l’Union Cycliste Internationale viennent étayer le propos. Eliminer devient donc la toute première priorité, trier devient la seconde. Le choix du corpus s’explique par le fait, qu’en tant que phénomène social d’importance, observer ce qui est rendu public devient plus parlant, plus signifiant, plus globalisant que de « se jeter » sur des archives « officielles », dont le caractère formel masque la réalité du débat public. Pour autant, ce travail intéressant resterait à faire pour débusquer la réalité moins palpable, plus « en dedans » de l’épisode. Enfin, la personnalité du chercheur, écartelé entre le travail dans l’ombre de l’historien et la plus grande liberté conférée au sociologue, a  sans doute joué dans le choix d’un tel a priori… les conséquences à en tirer a fortiori également.

Au plan méthodologique, l’analyse de contenu a été prioritairement retenue. En effet, évaluer qualitativement et quantitativement les écrits est apparu éclairant. Grossièrement, quatre types de discours, à propos de cette affaire, ont émergé :

  • Discours objectif relatant les faits ;
  • Discours commémoratif et convenu suite au décès du coureur ;
  • Discours comportementaliste s’attachant à décrire la personnalité de Simpson ;
  • Discours critique s’attachant aux causes du dopage.

Après avoir repéré ces formes de discours, il a fallu les évaluer quantitativement et repérer leur régularité en fonction de leur lieu de production[i].

Le sport, en tant que : « culte de l'effort musculaire intensif, appuyé sur le désir de progrès pouvant aller jusqu'au risque »[ii] (Coubertin, 1915, 15) contient toujours en lui la tentation du dopage, comme l’ensemble des activités physiques et ce depuis l’Antiquité. Toutefois, selon Lacan[iii], la modernité accentue, sans doute, le phénomène. Ainsi, nous dit-il, il n'y a pas deux hommes : le héros ou l'homme du commun. Le subjectivisme post-moderne fait naître en chacun de nous le désir personnel de s’accomplir, quelle que soit l’activité, en dehors de toute contingence matérielle, physique, sociale ou objective.

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« Portrait de Tom Simpson », in MERLIN (Olivier), « Le Drame du Tour Le doping va-t-il tuer le sport ? », in Paris-Match, n° 1155, 29 juillet 1967, p. 1.

Or il semble que, pour les médias, plus une discipline est simple, plus elle expose ses adeptes à la prise de produits interdits. Ainsi, pour les épreuves de mesure, les suspicions portent sur un dopage personnel. En revanche, pour les sports d'opposition, les critiques se focalisent sur l'argent et pour les sports artistiques d'évaluation, les soupçons tournent autour de la subjectivité et des manoeuvres des juges[iv].

Pour leur part, les disciplines de force, de vitesse et d'endurance sont, semble-t-il, plus particulièrement touchées par l'utilisation de solutions ayant pour but d'améliorer les performances physiques. Dans ce concert, le cyclisme et l'athlétisme sont donc considérés comme suspects, du fait du caractère brut de leurs règles. Dès lors, le cyclisme se distingue puisqu'il demande de combiner des qualités parfois antagonistes : « (...) rouler plus de 200 kilomètres, (...) grimper jusqu'à cinq cols (...), disputer un sprint, etc. »[v] (Sobry, 2003, 464) De plus, avant la première Guerre Mondiale, c'est la distance qui délivre du prestige, durant l'entre-deux-guerres, la dénivellation des cols doit y être adjointe, tout comme le « contre la montre » aujourd'hui... rien d'étonnant alors de trouver des traces de caféine chez les coureurs dès 1904[vi].

Dans le vélo, certains coureurs ont toujours recherché la potion magique, surnommée « topette » dans les pelotons. La gnole ou le vin rouge sont massivement utilisés durant l'entre-deux-guerres et seront plus tard remplacés par des produits chimiques plus ou moins efficaces et violents. Dès les années vingt, les frères Pélissier font des révélations sulfureuses sur le Tour de 1924 dans Les Forçats de la route avec le fameux : « Nous marchons à la dynamite »[vii]. En 1939, Maes gagne la « Grande Boucle » à la moyenne de 31,394 Km/h. En 1964, Anquetil l'emporte en 37,317 Km/h. Sans être des preuves d’une propagation massive du dopage, on peut penser que ces « progrès » ne sont pas dus uniquement à des améliorations technologiques ou à un entraînement plus élaboré des cyclistes. Par ailleurs,  le 19 juillet 1952, Jean-Claude Dielem et Paul Crouillères décèdent, lors de l'épreuve qualificative sur piste en vue des Jeux Olympiques d'Helsinki. Dès 1955, des médecins s'élèvent contre les « soins artificiels » prodigués aux champions. Toutefois, pour la presse de 1967, les militaires sont dopés : des poilus de 14, en passant par les aviateurs de la Royal Air Force, jusqu'aux soldats du Vietnam, Néanmoins, ce sont davantage les sportifs et plus particulièrement les cyclistes qui sont montrés du doigt. Si la guerre se pratique par tous les moyens, le sport, en raison de ses soubassements idéologiques, ne peut pas se le permettre. Par exemple, Claude Sobry[viii] énonce la longue litanie des « chargés » du Tour : Anquetil, Rivière, Ocana, Delgado, Rijs, Abdoujaparov, l'équipe « Festina ». Bien avant, le 18 juin  1955, Jean Mallejac, dans les vingt premiers du classement général du Tour de France, tombe en montant le Ventoux. Il est secouru et sauvé in extremis par le Docteur Dumas, médecin officiel de l'épreuve. Les organisateurs prononcent un communiqué interdisant le doping : « pratique dangereuse bien qu'elle soit aussi vieille que les coureurs cyclistes »[ix]. Cette affaire contraint l'intéressé à l'abandon et c'est de cela dont la presse parle en encart des unes[x].

Bien sûr, on dénonce toutes les tricheries. Mais ce sont essentiellement les étrangers qui sont dans le collimateur des journalistes français, comme Jensen décédé en 1960 aux Jeux Olympiques de Rome, suite à la prise de Ronicol et d'Amphétamines. De la même façon, le Champion du Monde de l'année 1964, Van Steenbergen, est connu pour ses pratiques délictueuses[xi]. Jean Leulliot demande d'ailleurs, sans grand succès, une enquête diligentée par le Commissariat Général aux Sports. Les médicaments qui stimulent la volonté sont considérés comme les plus dangereux : maxiton, northadrine, « N63 » qui euphorisent le coureur et entraînent la perte de contrôle de la bicyclette[xii]. Herzog et Crespin prononcent donc l'interdiction du dopage en 1965, en France, lors des compétitions sportives d'abord, puis ensuite en dehors d'elles : durant les temps d'entraînement et de repos. Par conséquent, il semble que, durant les années soixante, la santé est devenue une préoccupation majeure pour l'individu sujet, garant de sa forme physique. Néanmoins, jusqu'en 1965, la préoccupation principale des organisateurs et des journalistes tient à la qualité du spectacle proposé... peu importe le prix que paient les étrangers[xiii].

En 1965, Simpson, lui-même, avoue avoir été dopé à son insu (Sic), lors d'une classique de début de saison. Il roulait, selon ses dires, « comme une fusée » en début de course, puis doit abandonner totalement épuisé à quelques kilomètres de l'arrivée. Il prétend qu'un inconnu lui a versé de la drogue dans son bidon. Suite à cet épisode, il tombe malade, perd 10 kg en 10 jours et sa pression sanguine reste dangereusement élevée. Il distingue les toniques et le doping et parle de sa pharmacie. Les médecins lui prescrivent vitamines, foie d'animaux, caféine et fortifiants musculaires. Pour lui, le dopage déloyal n'existe pas. « Je ne crois pas que le doping dans le plus mauvais sens du terme, règne sur le cyclisme. Un coureur n'a qu'à s'évanouir, tituber ou tomber et les faiseurs de rumeurs disent qu'il se drogue, ces imbéciles ne sachant pas qu'un évanouissement est dû habituellement aux efforts effrayants du cyclisme lui-même. Si l'on trouve quelque chose de mauvais, (...). Cela signifiera qu'un cochon rusé a mis de l'amphétamine dans mon thé, mon fromage ou mon raisin »[xiv](Simpson, 1965, 18). Lors du Tour fatidique de 1967, Anquetil refuse l’analyse de ses urines. Il proteste en faisant grève et en mettant pied à terre, ce que ne fera pas Simpson. Mieux encore, lors de l'étape qui a vu la mort de ce dernier, Mugnaini, au 14ème Km a un accident, il est drogué et doit abandonner[xv]. Toutefois, comme le souligne Pierre Arnaud[xvi], il semble bien que la mort de Simpson ait été le véritable détonateur de la politique de lutte contre le dopage et de la prise de conscience du caractère dangereux des substances[xvii]. La mort d'un homme et pas n'importe lequel : celle d'un leader, lors de la plus grande course du monde (le Tour de France) et en direct devant les caméras de la télévision fait de cette affaire un exemple paroxystique. La conjonction de ces quatre paramètres semble donc être la cause de l'émergence de la rupture dans l’appréhension du phénomène dopage : décès médiatisé d’un champion dans l’épreuve cycliste la plus populaire[xviii]. La fin de Simpson s'apparente donc, comme l'écrit Vigarello, à un véritable remaniement[xix]. Des morts, il y en eu de suspectes, mais pas à l'écran. Inversement, des chutes curieuses ont eu lieu sous les yeux de téléspectateurs, mais sans que cela n'entraîne le décès de coureurs[xx]. Le doping a donc pris une dimension spectaculaire, sérieuse et grave avec la mort de Simpson, contrecarrant par la même, l'optimisme des déclarations d'Anquetil... joyeux d'annoncer son dopage devant les caméras de télévision de l'époque. Au contraire, « le cas Simpson risque d'intervenir au moment où toutes les forces légales, morales, spirituelles, scientifiques doivent se conjuguer pour ramener le bon ordre moral »[xxi]. En effet, le petit écran montre un Simpson agonisant, en train d'être lâché, fixer les yeux du caméraman du journal télévisé Bonsergent, avant de tituber, puis de s'effondrer quelques minutes plus tard[xxii]. En bon prédicateur, le jour du drame, Pierre Dumas, le Médecin du Tour, dit à Pierre Chany de « L'Equipe » : « Compte tenu de la chaleur, si les gars plongent le nez dans la ‘Topette’, nous risquons d'avoir un mort sur les bras »[xxiii]. Nous pouvons donc affirmer qu'un glissement s’opère, d'un dopage joyeux, gai, farceur, nous passons à un interdit dramatique, triste et inacceptable. Désormais, tout accident sur un terrain de sport ne manquera pas de poser la question du dopage. Les conditions climatiques, la fatigue des athlètes, le surentraînement, la course à la performance deviendront des causes moins mises en avant. Dès lors, la cause principale sera la prise de produits interdits.

Si l’explication se veut unique, donner une définition type du dopage est difficile. Ce terme, historiquement connoté, est polysémique et éclectique, tout comme les objectifs poursuivis par ceux qui s'y adonnent : amélioration artificielle de la performance, camouflage de la fatigue, volonté de durer, augmentation de l'intensité de l'entraînement, lutte contre le stress, amélioration de la concentration, etc. De ce fait, les techniques, les substances et leur utilisation se modifient avec le temps : transfusion sanguine, manipulation génétique, grossesse, prise de stéroïdes anabolisants, d'excitants (caféine), de bêtabloquants, dopage chimique, hormonal (Érythropoïétine ou E.P.O.), greffes, etc. Même la liste des produits est soumise à controverses. Tout comme l'identité de celui qu'il faut poursuivre : le sportif, le pourvoyeur ? En 1963 pourtant, le Conseil de l'Europe, au cours d'un colloque à Uriages-les-Bains, s'essaie et définit le dopage comme : « L'administration à un sujet sain par quelque voie que ce soit, d'une substance étrangère à l'organisme ou de quantités anormales d'agents physiologiques et dans le seul but d'augmenter artificiellement et de façon déloyale les performances de ce sujet en vue ou à l'occasion de sa participation à une compétition ». La dimension morale est déjà présente avec le terme « déloyale ». Se trouve également la volonté de séparer le naturel de l'artificiel, le bon grain de l’ivraie. La loi du 1er juin 1965 de Maurice Herzog définit le dopé comme : « Quiconque aura en vue ou au cours d'une compétition sportive, utilisé sciemment l'une des substances déterminées par le règlement d'administration publique, qui sont destinées à accroître artificiellement et passagèrement ses possibilités physiques et sont susceptibles de nuire à sa santé ». Le dopage est, ici, une menace contre la santé, il a une dimension passagère exceptionnelle et tient à la seule volonté de l'athlète. Le 14 juin 1966, le Ministère français de la Jeunesse et des Sports donne une connotation technique... la Belgique et les pays de l'Est lui emboîtent le pas. La loi du 28 juin 1989, édictée par Roger Bambuck, donne une nouvelle définition : « Il est interdit à toute personne d'utiliser, au cours des compétitions et manifestations sportives organisées ou agréées par des fédérations sportives ou en vue d'y participer, les substances et les procédés qui, de nature à modifier  artificiellement les capacités  ou à masquer l'emploi de substances ou de procédés ayant cette propriété, sont déterminés par arrêt conjoint des ministres chargés des sports et de la santé ». Cette dernière est toujours présente, mais le dopage perd sa dimension passagère, intègre les produits masquants et les procédés et prend une dimension encore plus institutionnelle qu’auparavant. La loi du 23 mars 1999 de Marie-Georges Buffet délivre la toute dernière définition : « Le dopage est défini par la loi comme l'utilisation de substances ou de procédés de nature à modifier artificiellement les capacités d'un sportif. Font également partie du dopage, les utilisations de produits ou de procédés destinés à masquer l'emploi de produits dopants. La liste des procédés et des substances dopantes mise à jour chaque année fait l'objet d'un arrêté conjoint des ministres chargés des sports et de la santé ». L'institutionnalisation et le caractère coercitif du contrôle sont davantage marqués. Les procédés, tout comme les types de produits, sont labellisés par le pouvoir médical. L'entraînement est plus particulièrement visé par des contrôles inopinés. Les acteurs institutionnels se multiplient : fédérations, C.N.O.S.F., conseil de prévention et de lutte contre le dopage, Ministère des Sports. La lutte contre le  fléau s'internationalise avec l'Agence Mondiale contre le Dopage composée des représentants des États et du mouvement sportif à part égale[xxiv]. Les Antennes Médicales de Lutte contre le Dopage (A.M.L.D.) prodiguent des conseils aux sportifs et s'intéressent à la pharmacodépendance, c’est à dire la continuation de la prise du produit en dehors de toute contrainte de performance. Cette dernière se définit alors comme : « L'état psychique et physique résultant de l'interaction entre un organisme vivant et une substance se caractérisant par des modifications du comportement avec une pulsion à prendre la substance de façon continue ou périodique afin de retrouver les effets psychiques et quelquefois d'éviter le malaise de la privation avec des effets indésirables qui vont au delà de la simple dépendance ». Il semble, qu'aujourd'hui, on distingue le dopage du traitement médical à l'appui d'une ordonnance et d'un dossier médical. Le pouvoir des « blouses blanches » se renforce en la matière[xxv]. Le dopage est, aujourd'hui, de l'ordre de la transgression des règles, mais aussi de la toxicomanie[xxvi].

Mais alors, après ce constat, des questions restent en suspens. Qu'est ce qui pousse un sportif à se doper ? Sont-ce des motivations strictement personnelles liées à l'orgueil, la vanité, la célébrité, l'appât du gain... ou y est-il contraint par le « système » ? Bref, est-il pleinement et totalement responsable de ses actes ou n'est-il que le fruit d'un conditionnement ? À partir de quel moment, un acte privé de dopage devient une affaire publique qui conditionne la politique institutionnelle de lutte contre cette pratique ? Cette dernière passe-t-elle par le biais de l'éthique, de la prévention, de la sanction, du contrôle médical ? [xxvii] De quelle manière les différents médias, et en particulier la presse écrite spécialisée, vont-ils aborder la question ? La position des journalistes au sein du champ sportif a-elle une influence sur la réponse produite ?

Du fait de son caractère exemplaire, il semble que l'étude de l'affaire Simpson, au travers du traitement de la presse de l'époque, donne quelques réponses. Jacques Marchand, ex-responsable de la rubrique cyclisme à « L'Equipe » nous conforte dans cette démarche en écrivant : « Il est plus confortable moralement (Sic) et professionnellement, pour un journaliste, d'être l'ami d'un champion en lui donnant toujours raison quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise, quoi qu'il écrive. Mais ce n'est pas lui rendre service et ce n'est surtout pas rendre service à nos lecteurs qui nous font confiance et qui sont trop souvent engagés sur une fausse piste ».[xxviii] (Mondenard, 1999, 11)

Nous verrons, dans un premier temps, comment le décès de Tom Simpson a été traité par les médias de l'époque. Dans un deuxième moment, nous tenterons de savoir si le « système cycliste » a été remis en question par eux ou si les journalistes se sont essentiellement bornés à montrer la déchéance prévisible et inéluctable d’un champion. Enfin, nous verrons quelles ont été les conséquences de ce drame sur l'ensemble des acteurs qui configure l'espace du cyclisme, tout cela au travers d'une perspective comparatiste et d’une lecture graduée de la presse des années soixante[xxix].

L'affaire Simpson et son traitement médiatique : approche comparatiste et évolutive

À cette époque, la presse écrite raconte le Tour de France comme un roman-photo... l'iconographie l'emporte largement sur le texte, tant du point de vue quantitatif que qualitatif. Les temps forts des différentes étapes sont chronologiquement scandés par les photographies des cyclistes en pleine action. La qualité de l’iconographie tient à la volonté de montrer les attitudes et les stigmates des coureurs. De son côté, le texte n’est là que pour illustrer l’image. Aujourd'hui, c’est la logique inverse qui prime. Les photos sont moins présentes, du fait de l'importance prise par la télévision. Sans doute aussi, le football a-t-il détrôné le cyclisme dans la presse écrite, pour devenir le sport populaire par excellence. Le suspense et les prouesses techniques ont supplanté l'effort et l'endurance[xxx]. La presse sportive de 1967, pour sa part, semble, au début de l’affaire, brouiller les pistes et les journalistes hésitent à livrer la tragique information. Celle-ci occupe peu de place et des commentaires laconiques lui sont consacrés dans le journal « L'Equipe ». Ainsi, dans l'édition du 14 juillet, on parle de : « Simpson : défaillance tragique dans le Ventoux »[xxxi]. Le journaliste relate froidement les faits : « à 1,5 Km du sommet, Simpson vacille, puis tombe dans le fossé. Inanimé, c'est un spectateur qui pratique d'abord le bouche-à-bouche. Puis les docteurs Dumas et Macorig pratiquent la réanimation durant 40 minutes et font évacuer le coureur à l'Hôpital Sainte-Marthe d'Avignon, lieu de son décès ». Mieux même, le quotidien du même jour fait un commentaire tactique du drame : « une échappée de Jimenez » ; « un groupe de coureurs, dont Poulidor, à sa poursuite » ; « ce peloton qui compte Simpson s'effiloche, puis ce dernier est lâché par ses compagnons à 5 Km du sommet par 45 degrés de température »[xxxii]. Lors de l'édition des 15-16 juillet, le journal ne fait guère plus. Une seule page est consacrée à Simpson... le quotidien en compte huit[xxxiii]. Dès le 17 juillet, « l'affaire » est même presque totalement oubliée. « L'Equipe » du jour ne compte qu'un petit article relatif à cela en page 4 et traite pourtant du Tour de France sur six pages[xxxiv]. Par la suite et pour ce qui concerne cette fois-ci, le « Miroir du Cyclisme », la place prise par l'accident de Simpson est toute aussi minime. Le numéro spécial rétrospective du Tour de France 1967 lui consacre un petit encart. Le doping  n'est pas abordé. On parle de chaleur, d'insolation, de souffrance et d'excès tout au plus. En revanche, la tactique de course et les circonstances sportives de l'étape sont relatées et un hommage est rendu par les coureurs, Jacques Goddet et Félix Lévitan au défunt champion[xxxv]. Pour ce qui concerne le petit écran, c'est Robert Chapatte qui commente, en direct, la tragique étape. « C'est à 1,5 Km du sommet qu'il a sa défaillance ». « Le Docteur Dumas pratique le bouche-à-bouche, après son effondrement, il le place sous oxygène, il retrouve des couleurs ». « Il est 17h40, Tom Simpson vient d'être transporté par hélicoptère à l'hôpital d'Avignon et on vient tout juste d'apprendre son décès ». Au journal de vingt heures, le commentateur vedette du cyclisme relate : « Tom titube dans le Ventoux, chute une première fois, le mécano anglais lui supplie d'abandonner, mais Simpson veut continuer. Il est tombé, mais ses mains ne voulaient pas quitter son vélo. On l'a remis en selle. La tête pendait en dessous du guidon. Quand il est monté dans l'hélicoptère, j'ai dit : ‘Au revoir Tom’. J'avais un pressentiment. Je savais que c'était un adieu !  Le docteur Macorig lui a fait un massage cardiaque dans l'hélicoptère. Une ambulance l'a transporté jusqu'à l'hôpital le plus proche. Les médecins Fudeyrand et Maigne se sont activés autour de lui. En fait, il était en état de mort apparente »[xxxvi]. Quel que soit finalement le support médiatique, ce qui frappe l’observateur, c’est le caractère laconique et tragique du drame et rien ne vient au fond alimenter le débat.

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« Simpson ses derniers kilomètres », in Miroir Sprint, n° 1102 A, 17 juillet 1967, p.p. 8-9 et 11-12.

Côté institutionnel, on se place également sur un registre similaire. Le dopage n’est que fort rarement abordé. Ce sont d’autres explications qui alimentent les discours. Ainsi, les organisateurs ne souhaitent pas entrer sur le terrain de l'enquête : « on ne peut s'attaquer autrement au destin quand il se met à exagérer sa cruauté... »[xxxvii] Ils parlent de la canicule, de la difficulté que représente le Ventoux et de l'effort qu'il réclame aux « machines »[xxxviii].  Le Mont Ventoux est alors mythifié. « La carburation, côté Bédouin, est mauvaise pour les moteurs à explosion, il en est de même pour les poumons. En cas de chaleur, gare aux moteurs et aux organismes. Le Ventoux ne donne jamais de grands écarts, mais il est un lieu de drame. En pleine chaleur, il est l'ennemi du cycliste ». La métaphore avec la machine s'égraine encore : « (...) un phénomène appelé ‘fringale’ dans les pelotons. Le coureur ayant oublié de ‘charger la chaudière’, (...), est contraint à s'arrêter comme une locomotive privée de charbon »[xxxix]. Par la suite, le « pelé » est carrément diabolisé, il ne bouleverse pas la hiérarchie et tue. On parle d'un « Etna qui crache son invisible feu par tous ses pores »[xl]. De fait, la crise cardiaque est le motif invoqué par la société organisatrice de l'épreuve.

Du côté des médecins, l'affaire se « médicalise » fort naturellement. Le Docteur Decourt affirme, par exemple, que Simpson sans doping aurait toutefois succombé à la chaleur et à l'effort physique démesuré. Il accuse d'ailleurs le Docteur Dumas de n'avoir pas allongé immédiatement le coureur et de ne pas lui avoir injecté de l'adrénaline. Mais, pour les médecins : « la fatigue et les conditions atmosphériques sont les raisons majeurs du décès de Simpson »[xli].

Pour ce qui concerne les coureurs, la stratégie est identique. Bahamontes s'écrie : « les gens pensent à mal » et ce dernier de justifier la mort de Simpson par les efforts et la chaleur. Aimar, de son côté, parle d'une de ses précédentes défaillances pour cause également de chaleur dans les Pyrénées et ne pense pas que : « Tom ait pu faire une bêtise ? »[xlii] Les coureurs parlent des « accidents dus à la forte chaleur » et on revient pêle-mêle à Jansen en 1960 (J.O. de Rome), Mallejac en 55 (Tour de France), à Kubler, à Hartog, à Aimar et à certains athlètes (Nurmi notamment). Ainsi, l'ensemble du peloton français se refuse à croire à la thèse du dopage généralisé. On insiste d'ailleurs beaucoup sur l’abnégation de Simpson. Ainsi, le « Miroir des Sports » reparle de la chaleur, de l'humour, du goût pour l'argent et des efforts de Simpson[xliii]. De la même façon, Denson, un de ses équipiers déclare : « Tom était animé d'une énergie terrible. Moi je ne peux pas me surpasser comme il lui arrivait de la faire. Il était capable de pédaler à la mort »[xliv].

Dès cet instant, la stratégie de tous les acteurs va être de préserver le cyclisme en « se payant sur le cadavre ». La personnalité de Simpson est déclinée, décryptée et critiquée. « L'Equipe » lui reproche, par exemple, d'anciennes déclarations comme : « le Tour de France est la plus mythique et la plus médiatisée des courses cyclistes, il faut donc s'y faire repérer par des managers ». Sous entendu : « À n’importe quel prix ! » On mentionne alors explicitement que Simpson avait des médicaments dans les poches de son maillot : trois tubes d'Onidrine (amphétamines)... dont il ne restait que la moitié. Ses compatriotes ne sont guère plus tendres avec lui. Simpson est critiqué par les Britanniques eux-mêmes[xlv]. Les soigneurs et l'encadrement sportif de l'équipe anglaise clament leur innocence : « Simpson ne m'a jamais parlé de ce qu'il utilisait. J'étais absolument en dehors de tout, hormis la direction technique de l'équipe »[xlvi], déclare Alex Taylor, le patron de la formation. Les soigneurs insistent sur la pharmacie de Simpson comme sa propriété personnelle. Pour d'autres, le dopage est l'apanage de spectateurs bien mal intentionnés : « Tom a de l'écume aux lèvres et on le remet en selle plusieurs fois. De l'alcool lui aurait été donnée par un spectateur ». Le doping est alors perçu comme une drogue. Cette dernière envahit la société et le cyclisme n'en est qu'une triste victime[xlvii].

La presse sportive française, elle, utilise la stratégie de l'altérité visant à faire de l’étranger un bouc émissaire. Ainsi, « L'Equipe » raconte que, lors de la même étape, Mugnaini, le coureur italien, blessé dans une chute pour éviter un chien, se fait opérer de l'avant bras et le chirurgien marseillais est obligé de demander à des journalistes quel « traitement » prend le coureur, afin de pouvoir l'opérer en toute sécurité[xlviii]. De plus, si la Police Judiciaire de Marseille perquisitionne, c'est dans les voitures et les hôtels des équipes nationales britannique et  belge. Le dopage devient alors une pratique d'étrangers. L'utilisation sémantique du mot anglo-saxon « doping » et l'insistance des journalistes à parler de Simpson, un « Britannique de Grande-Bretagne », atteste de l'altérité du phénomène dans le traitement du phénomène, « L'âpreté du gain est digne d'un Écossais »... on ne peut être plus explicite ! D'autant que plusieurs coureurs, tous étrangers, sont mis sur la sellette : Coppi, Nancini, Enamark, Sculte (Alsacien) et Van Steenbergen. En revanche, pas un mot sur l'accident suspect de Roger Rivière, en 1960, sur les pentes du col de Perjuret. Anquetil, qui bat le record du monde de l'heure à Milan, ne se présente pas au contrôle, sa performance n'est pas homologuée et la presse se déchaîne contre cette injustice faite au grand champion français. Les anciens ne sont pas en reste pour défendre la patrie. Ainsi, Louison Bobet, vainqueur de trois Tours de France, répond à la question : « Croyez vous que le doping améliore la performance ? » J'ai roulé à 42,43 Km à l'heure et je n'ai jamais pris que du vin sucré et de la quintonine ! » Les Français semble donc préserver dans cette affaire. De façon bien involontaire, tous les coureurs cautionnent cette logique de l'altérité. En effet, lors de l'étape suivant le drame Carpentras-Sète, le peloton s'entend pour offrir un « bon de sortie » à 50 Km de l’arrivée, à un Britannique et laisse gagner Barry Hoban, le fidèle équipier de Simpson. Ce dernier l’emporte dans un silence pesant et pleure sur la ligne d'arrivée. Certains y voient l'illustration du vieil adage : « the show must go on ». D'autres perçoivent cette bénédiction des autres coureurs comme la démonstration d'une éthique et d'un tact populaires[xlix].

Pour ce qui concerne le drame en lui-même, les Britanniques et les équipiers l’incombent au caractère particulier de Tom. Les Français, qu’ils soient coureurs, représentants du cyclisme ou journalistes, font de sa nationalité une justification (l’Ecossais pingre, arriviste et mercantile), comme pour mieux repousser les éventuels soupçons sur les autres. Néanmoins, la thèse de l’altérité est utilisée différemment par certains médias. Ainsi, le « Miroir du Cyclisme », magazine proche du Parti Communiste Français, confère au dopage une dimension sociale pour contrer le journal « L'Equipe ». « Miroir-Sprint » parle ainsi de la dépossession du mouvement sportif au profit des politiques et des marchands du temple. Mais l'objectif est bien finalement le même : protéger le cyclisme français voire le cyclisme tout court des attaques. On mentionne, à ce titre, que d'autres sports, d'autres périodes, d'autres sphères, dont la société civile elle-même, sont touchés par la toxicomanie et la « pharmacophrénie »[l].

Mais, après les hommages et les justifications « altéristes », bien vite tout de même, la mort de Simpson se place délibérément sur un terrain judiciaire et pharmacologique. L'affaire est confiée au Parquet d'Avignon. Puis, dès septembre 1967 et l'année 1968, on se repose sur le savoir des médecins. Le corps médical conclut majoritairement que l'association amphétamines-efforts-chaleur s'avère explosive. Pour ainsi dire, la « topette » devient une affaire sérieuse, dès lors que la justice et les « blouses blanches » s'en mêlent. D'objet de plaisanterie, il devient un instrument de mort pour les éditorialistes[li]. Anquetil, qui avoue pratiquer cette médication et qui en minimise les effets négatifs, n'y peut rien. L'affaire est grave, elle touche « l'acteur et le système »[lii]. D'ailleurs la question aujourd'hui de l'éthique, de la commercialisation et de la médiatisation du spectacle sportif est omniprésente, comme l'attestent certains ouvrages[liii]… sans doute une preuve supplémentaire de l'exemplarité de l'affaire Simpson.

Champion déchu ou remise en cause d'un système ?

Si le traitement « à chaud » de l’affaire est quantitativement peu important ; par la suite, la presse écrite, dans son ensemble, quelle que soit sa périodicité, qu’elle soit sportive ou généraliste, qu’elle soit sportive ou exclusivement cycliste tente d'expliquer les raisons qui ont conduit Simpson à se doper et à mettre fin involontairement à ses jours. La quantité d’articles consacrés à l’affaire devient dès lors impressionnante. On peut grossièrement dire que la place consacrée à elle est de trois à six fois plus importante en fonction des quotidiens. Certains continuent à insister fortement sur la personnalité singulière du coureur, pendant que d'autres proposent une argumentation plurielle remettant en question la compétence des institutions en charge directe ou indirecte du sport cycliste. D'une certaine manière, les médias délivrent une justification humaniste et comportementaliste, dont la conséquence est la remise en question de l'honnêteté de(s) sportif(s) ou une explication plus structurelle et politique qui conduit à s’interroger sur l'organisation générale du mouvement sportif. C’est cette dernière explication qui occupe une place prépondérante. La thèse qui met en avant la responsabilité de l’homme est presque uniquement soutenue par les médias influents dans le champ[liv].

La justification comportementaliste ou le champion déchu

Né en 1937, Tom Simpson est champion de Grande-Bretagne et 4ème du Championnat du Monde en 1957. Il gagne le Tour des Flandres en 1961. Il termine 5ème de Paris-Nice la même année et second la saison suivante. Toujours en 1962, il termine 6ème du Tour de France après avoir endossé, pour un temps, le maillot jaune. Il ressort victorieux de Bordeaux-Paris en 1963, il triomphe au Milan-San-Remo de 1964, puis dans le Tour de Lombardie en 1965 et devient surtout Champion du Monde, cette saison-ci. L'année de sa mort, il s'offre un baroud d'honneur en remportant Paris-Nice[lv]. Mais évidemment, il n'est vainqueur d'aucun des trois grands tours. Classé 7ème avant sa tragique et dernière étape dans le plus prestigieux d'entre eux, il sait que cela ne lui permet pas encore d'espérer un nombre suffisant de contrats publicitaires. Sa soif de promotion sociale est immense. Simpson avoue, dès 1965, au journal « The People » qu'il se dope comme tout le monde[lvi]. Selon Maurice Vidal, il a déjà une solide réputation en la matière[lvii]. Chacun sait qu'il prend des stimulants. Il en absorbe plus que d'autres aux dires des journalistes, car il courre beaucoup et veut toujours plus d'argent pour sortir de la médiocrité. Pour autant, comme le démontre la série de témoignages rapportée par Maurice Vidal, chacun reconnaît que tous les coureurs usent de ces produits pour se « soigner »[lviii].De son côté, le magazine « Paris-Match » relate le drame et commet une Biographie peu glorieuse du coureur. Le goût du lucre et de l'argent est systématiquement relaté[lix]. Sa volonté de ne pas payer d'impôts et le déménagement en Belgique qui s'en suit sont relatés. D'ailleurs Simpson ne se cachait pas du fait qu'il avait quitté l'Angleterre pour faire fortune sur le continent, ce que ses compatriotes ne lui pardonneront pas en le dégradant[lx]. « 25 millions par an ne lui suffisent pas ». Simpson est considéré comme « celui qui en prend trop »[lxi]. Comme le relate Claude Sobry, dans son ouvrage, Tom faisait la saison sur piste, les classiques, les grands tours et les critériums. Sa soif de promotion sociale semble intarissable. L’ensemble des quotidiens sportifs la relate… même s’il ne lui donne pas tous la même importance[lxii]. On loue sa motivation, tous les efforts consentis, mais on s'émeut, dans le même temps, de sa volonté de tout écraser. Son palmarès, pourtant très fourni, ne le contente pas. Simpson est considéré comme un passionné de la victoire et de la gagne à tout prix, au plan familial comme professionnel. Il possède une maison en Corse, marié, il a deux petites filles. Il avait acquis avec sa peine et sa souffrance ce bien. Il voulait que sa débauche d'énergie soit récompensée. C'est pourquoi, il aimait l'argent. Il aimait aussi paradoxalement le mériter. Un an avant la tragique étape du Ventoux, il commet un livre au titre évocateur : « Cycling is my life » au sein duquel la passion, la volonté et le désir de s'en sortir sont, chez lui, sans bornes[lxiii]. Denson, un de ses coéquipiers, déclarait après sa mort à la télévision française : « Quand je suis fatigué, je descends de vélo et j'arrête, Tom, lui, continuait ». De leur côté, Goddet, Janssen, Plaud, Jimenez, Gimondi, Stablinski, Bidot, Poulidor et De Bruyne ne remettent pas du tout en question la présence du Ventoux comme difficulté du Tour de France et condamnent, en revanche, de façon polie et implicite, le coureur, lui-même, qui jouait le classement général… pari sans doute trop ambitieux[lxiv].

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« Hoban en hommage », in Miroir Sprint, n° 1102 A, 17 juillet 1967, p.p. 20-21.

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« Simpson une riche carrière », in Miroir Sprint, n° 1102 A, 17 juillet 1967, p. 3 et p. 6.

On s'aperçoit donc qu'au regard de ces témoignages, le passage à l'acte chez Simpson est justifié, il est même « mérité ». Cela accrédite l'idée qu'il n'y a pas réellement problème de conscience. De ce point de vue, l’affaire est d’une grande modernité et inaugure une nouvelle ère : d’un dopage festif, individuel et inorganisé, nous passons à un dopage austère, rationalisé et programmé. Ainsi, l'expérience du Docteur Goldman, révélée par Sobry[lxv], montre en 1995 que seulement 3 athlètes sur 198 refuseraient de se doper même sans être pris… à condition de gagner les grandes compétitions. De la même façon, Bourg[lxvi] a montré que la moitié des sportifs accepterait une diminution de leur durée de vie, si le dopage leur permettait de gagner sans être pris. Cela dit, la validité scientifique de ces deux enquêtes reste sans doute limitée. En revanche, le jeu de la « souricière » semble, lui, plus convaincant. Pourquoi y a-t-il inflation et emphase en matière de dopage ? C'est parce que le premier prend un petit risque supplémentaire pour empocher la mise ; alors que le second coure quasiment le même danger, mais perd tout. On perçoit bien alors que, pour chacun des «  enchérisseurs », un investissement juste un peu supérieur à celui du rival peut permettre « d'empocher la mise »[lxvii]. Le calcul est purement rationnel et de l'ordre de la théorie des jeux : gains avec produits - gains sans produit - coût des produits... si la différence est positive, l'intérêt de se doper est manifeste. Pourtant, Bourg dit qu'une cure annuelle d'E.P.O. coûte, tout de même, 300 000 Francs (près de 50 000 Euros) par coureur. Le chiffre d'affaire annuel du dopage dans le monde entier, toute discipline confondue, avoisinerait les 50 milliards de Francs (soit près de 8 milliards d’Euros)[lxviii]. Néanmoins, le coût social du dopage est faible. On ne « fait jamais que le métier ». Un coureur met rarement fin à sa carrière après une suspension... quant aux coûts pour la santé, ils sont encore trop flous aux yeux des compétiteurs. Ceux qui mettent donc aux enchères ont tout intérêt à ce que le phénomène ne s'arrête pas. Ils gagnent du côté des médias et du public ainsi qu'auprès des sportifs, comme le relate Roger Pingeon : « Ceux qui affirment n'avoir jamais rien pris sont des menteurs, tous les coureurs cyclistes se dopent un jour ou l'autre »[lxix]. Pourtant, son épouse rétorque : « Tom bavait terriblement, si cela avait été mon mari, je l'aurais fait descendre »[lxx]. Le contrôle familial ne fonctionne donc pas comme outil de prévention.

Néanmoins, ce qui rend l’affaire Simpson encore une fois exemplaire, c’est que l'explication comportementaliste du drame est bien loin d'être majoritaire. Comme aujourd’hui, la critique du système est plus souvent avancée, notamment par la presse sportive proche du Parti Communiste Français, mise à l’écart de l’organisation du système du sport cycliste. Mais aussi, par les médecins exclus du contrôle ou par les détenteurs du pouvoir sportif qui voient, par ce biais, leur responsabilité écartée.

L'argumentation structuraliste ou la remise en cause du système[lxxi]

En 1967, la presse confond dopage, toxicomanie et « pharmacophrénie ». Ainsi, bon nombre de protagonistes, endossant parfois la tunique d’éditorialiste, dont Jacques Goddet, le Président de la Société du Tour de France, expliquent l'affaire Simpson en élargissant le spectre. Pour celui qui incarne le pouvoir, pêle-mêle, doping, drogue, tranquillisants et antidouleur sont liés, comme pour mieux préserver l'espace sportif, comme pour ne pas lui faire endosser toute la responsabilité du drame. La société des années soixante se trouve affublée de tous les maux, dont celui de la surmédicalisation. Jacques Goddet s'en prend seulement à une catégorie particulière d’agents du champ cycliste : les soigneurs et déplore la dépossession dont est victime le pouvoir sportif dans la lutte contre le dopage. Le pouvoir médical et judiciaire n'a pas traité les affaires, malgré la présence d'un arsenal juridique qui donne pourtant les moyens de contrecarrer le fléau[lxxii]. La quasi totalité des articles de fond[lxxiii] concernant l'affaire va s'évertuer à confondre dopage et toxicomanie et à englober le problème dans un système plus large et de facto plus déresponsabilisant.

La presse populaire à scandale, notamment « Paris-Match », ne se limite pas à identifier la responsabilité personnelle de l'athlète. C'est la condamnation d'une logique culturelle  qui est à l'oeuvre : l'usage de la drogue et des médicaments dans la société civile. Filant la métaphore dopage-toxicomanie, L’hebdomadaire étaye son analyse grâce à des soutiens du monde médical. Un portrait anatomique est situé en sous titre de certains articles. Le dopé est considéré comme un drogué, un alcoolique, il ne peut résister à aucune attaque microbienne, selon le Professeur Boissier de la Faculté de Médecine de Paris. De plus, ce dernier met à jour le cercle vicieux dans lequel se situe le coureur dopé : la prise d'amphétamines implique une retard de sommeil. L'utilisation d'hypnotiques s'impose donc, mais ses effets sur la vigilance et le tonus obligent de nouveau à un recours aux amphétamines. Ces dernières occasionnent des douleurs dans les membres inférieurs. Le recours à la morphine contribue à annihiler la gêne et au final, le dopé ampute sa vie de plusieurs années. L'éditorialiste de l'hebdomadaire condamne enfin la surmédiatisation du sport et les intérêts économiques qui gravitent autour de lui[lxxiv].

De la même façon, les ouvrages condamnent non le sport, lui-même, mais l'utilisation qui en est faite. Ainsi, pour Claude Sobry, si le Tour de France est propice au dopage, c'est parce qu'il est né de la volonté commerciale du rédacteur en chef d'un quotidien (Henri Desgranges, pour « L'Auto »), de la concurrence entre les marques de cycles et de l'arrivée de la télévision. En revanche, là où l'explication est originale, c'est lorsqu'elle met à jour une tension entre l'appât du gain présent chez les coureurs, les directeurs sportifs et les soigneurs et le nombre limité de sponsors. Cette carence justifie que toutes les parties prenantes ne peuvent tirer bénéfice de leur présence sur le Tour de France et a fortiori, dans les autres compétitions cyclistes de moindre envergure. Toutefois, l'idée générale est bien que le cyclisme est passé du sport au spectacle. La part de responsabilité des coureurs s'efface donc derrière la logique du système. Anquetil d'ailleurs reprendra l'argumentation en déclarant, à de nombreuses reprises, que : « Simpson est mort des exigences de sa profession ». Bien des années après, Jean-Marie Brohm émettra l'idée que : « le dopage n'est ni un faux pas, ni une erreur de jeunesse »[lxxv] (Brohm, 1990, 2). À la différence près, que le sociologue français ne se contentera pas de critiquer les dérives du sport, mais son essence même.

Aujourd'hui encore, le Docteur Jean-Paul Escande expose une réalité tendant à l'effacement de la responsabilité du sportif derrière la logique du système, notamment politique[lxxvi]. Cette manière de voir les choses n'est pas nouvelle, elle trouve son origine dans le pessimisme que l’affaire Simpson inaugure. En effet, en cette année 1967, les responsables politiques sont mis en cause. On reproche ainsi à Maurice Herzog l'édification d'une mauvaise loi orientée strictement vers le cyclisme... alors que lui-même a franchi l'Annapurna par des moyens déloyaux (Maxiton)[lxxvii]. On regrette également que « le gouvernement se soit emparé du contrôle antidoping de façon inopérante, alors que le pouvoir sportif commençait à éradiquer le fléau »[lxxviii].

Mais incontestablement, la critique sociale et politique se fait plus vive encore avec le journal « Miroir-Sprint », dès la deuxième quinzaine du mois de juillet 1967. « Le ‘doping’ est un mal de notre temps. Il ne frappe pas que les cyclistes ; il frappe tous ceux que leur condition sociale incite à remporter quelques victoires sur leur état : les étudiants qui doivent passer un examen et travailler en même temps. Le routier qui doit, pour vivre correctement, assurer une rotation accélérée. L'ouvrier qui fait des heures supplémentaires ou du travail au noir »[lxxix] (Vidal, 1967, 5). Si le progrès est là, les cadences infernales et la course à la productivité aussi. Lorsque la société capitaliste n'est pas attaquée, c'est un champ médian qui l'est, en l'occurrence le système sportif. « Miroir Sprint » regrette que ce soit le seul cyclisme qui soit remis en question, alors que « l'on soutient cette entreprise de démolition qu'est la boxe »[lxxx]. On relate aussi les affaires qui ont secoué les Jeux Olympiques de Rome, de Tokyo et les clubs de football français. Les cyclistes ne sont donc plus les seuls concernés. « En athlétisme, le mal tend à se répandre et les sports d'équipe, (...), ne sont pas à l'abri de la contagion. Si les cyclistes en usent plus régulièrement, c'est que leur pratique est la plus dure de toute »[lxxxi].

Les seuls qui finalement remettent en particulier le cyclisme en question sont certains médecins qui se jugent illégitimement dépossédés du contrôle de ce sport. Dès octobre 1967, les contributions médicales sont publiées par la presse sportive, cautionnées par le niveau de certification des praticiens. Ces derniers, pour la plupart, s'insurgent contre le calendrier proposé par les instances en charge de la discipline qui ne fait qu'encourager le recours au dopage des compétiteurs. Déjà, en 1903, le corps médical redoutait la longueur des étapes[lxxxii]. Regrettant également l'absence de confrères pour entourer les coureurs, les journalistes en « blouses blanches » expliquent « qu'il y a plus de gens pour soigner la mécanique, que pour soigner les hommes... de ce fait, les soigneurs sont très demandés »[lxxxiii]. Dès lors, l'entourage direct des coureurs est montré du doigt. Poulidor parle, par exemple, du gourou Antonin Magne, ex-champion et directeur sportif du populaire « Poupou » chez Mercier : « à la fin de chaque étape, il faisait virevolter, tour à tour et devant chaque coureur, son pendule au dessus des fioles homéopathiques. Dès que l'outil vibrait, cela signifiait qu'il était ‘positif’, il en donnait alors quelques gouttes à l'équipier concerné »[lxxxiv]. Tom Simpson était, pour sa part, très entouré. Les financiers britanniques l'aidaient. Ses dévoués coéquipiers étaient prêts à se stimuler… le cas échéant avec des produits chimiques[lxxxv].

Au final, toutes ces justifications, malgré leur différence de largeur de spectre, ont un point commun. Elles conduisent toutes à déresponsabiliser les coureurs pour entrer dans une logique « causaliste », déterministe et « alteriste ». Société, société capitaliste, système politique, sport, cyclisme, entourage s'offrent comme autant de boucliers pour ceux qui mettent, en fin de course, leur vie en danger. D'une certaine manière, on tend à disculper toujours plus l’agent sportif, sorte de gladiateur des temps modernes. Après tout, le ou plutôt les systèmes impersonnels peuvent bien se payer le luxe d'empocher la responsabilité des actes délictueux. La structure est moins sensible que l'homme. Jusqu'en 2004 encore, l'U.S.O.C., aux U.S.A. et le C.O.N.I. côté italien, masquaient les affaires de dopage et défendaient leurs athlètes. Depuis peu pourtant, ces pays, pour des raisons indéterminées, commencent à « lâcher leurs poulains »[lxxxvi] et à entreprendre une véritable collaboration internationale. Les nombreux scandales qui ont émaillé les Jeux Olympiques d’Athènes de 2004 en témoignent. Douze athlètes ont été contrôlés positifs et six d’entre eux ont perdu leur médaille. La Grèce s’est même payée le luxe d’évincer ses deux meilleurs sprinters qui ne se sont pas présentés au contrôle antidopage trois jours avant l’ouverture, pour une troublante histoire d’accident de la route, aujourd’hui encore non élucidée. Cette politique-ci, la France l'engage dès les années soixante et nous montrerons que l'affaire Simpson en est le principal détonateur. Aujourd'hui, les coureurs cyclistes, eux-mêmes, commencent  à parler du « règne de l'intraveineuse et des seringues »[lxxxvii] et cela depuis 1967.

Les conséquences de la mort de Simpson sur les différents acteurs au travers des médias

Une fois la mort de Simpson « digérée », les coureurs mettent en place des parades. Globalement, ces derniers se défaussent en dénonçant les exigences économico-médiatiques du sport spectacle et initient, de ce fait, des systèmes de défense modernes, au sens où les choses ne surviennent pas naturellement. Elles trouvent leur raison d’être dans une structure qui les rend compréhensibles, intelligibles voire explicatives. Occurrence qui n’a guère changé aujourd’hui. De leur côté, les représentants des coureurs, les instances sportives, le corps médical et le pouvoir politique initient des stratégies de sauvegarde et instillent une ligne politique pour l’avenir, dont la teneur est étroitement tributaire de la place occupée dans le champ. Enfin, parmi les spectateurs, la conséquence de l’affaire Simpson se traduit par le déclin de la crédulité du public en immisçant un doute systématique sur la qualité réelle des performances au regard des moyens mis en œuvre. Cette suspicion généralisée n’a, toutefois, pas pour autant clarifié la situation, ni freiné la popularité du spectacle sportif. Le discours populaire sur les sportifs : « tous des dopés » se met progressivement en place… sorte de doute post-moderne avant l’heure.  

Les coureurs se confient à la presse ou l'impact de l’affaire Simpson sur la corporation cycliste

Peu après la mort du champion, les ex-coureurs, tout comme ceux qui sont encore en activité, commencent à se confier. Ainsi, Jean Bobet relate son expérience du dopage. En 1958, lors de Paris-Tours, il a pris de la métédrine, il n'a pas gagné, mais raconte sa fureur de vaincre ainsi que son esprit combatif et serein. Il mentionne qu'avant guerre, la strychnine était un fortifiant musculaire qui ne préservait ni des crampes, ni des claquages. Depuis, la fatigue, la douleur, la conscience ont disparu, grâce à de nouveaux produits qui font « sauter les fusibles »[lxxxviii].

Pour Jacques Anquetil, le droit de se soigner et la volonté de battre des records autorisent le recours au dopage. C'est donc au nom du professionnalisme qu'il se dope. D’ailleurs, jusqu’à l’affaire Simpson, les journalistes n’hésitent pas à poser les questions qui dérangent et les sportifs n’hésitent pas à leur répondre sans utiliser la langue de bois… preuve encore de la rupture inaugurée par le drame. Ainsi, à la question : « vous êtes-vous dopé ? », posée par Robert Chappatte, Anquetil répond : « Il faut toujours un stimulant pour faire des grandes performances, sinon elles ne seraient jamais battues ». Après ses déclarations de l’hiver 1966-67, le Ministre de la Jeunesse et des Sports, François Missoffe, le convoque et attend des explications. Anquetil de lui répondre : « Vous croyez que l'on fait Bordeaux-Paris, le critérium du Dauphiné Libéré ou le Tour de France à l'eau minérale... vous rêvez ! » Quelques semaines après, ce dernier réitère ses propos dans « L'Express » à Françoise Giraud : « Vous savez, dans le désert, les petits arbres ne poussent pas ». De leur côté, suite à la mort de Simpson, De Wilde, Helligers et De Rijcke souffrent de troubles divers et Van Steenbergen, le Belge déclare : « Le premier dont j'ai vu qu'il se droguait et qui d'ailleurs l'admettait ouvertement, c'est Fausto Coppi, (...). Mais à l'époque, on ne faisait pas tant de tapage à ce sujet. Après lui, tous les grands champions ont eu recours au doping »[lxxxix]. Ce dernier s’auréole d’une normalité implicite dans le champ des pratiquants. Pour Jacques Anquetil : « Si nous ne prenons rien, nous courons à 25 à l'heure, et cela ne signifiera plus rien »[xc]. Mais pour Jean Bobet : « Il n'est pas normal que des coureurs tels qu'Anquetil courent 235 jours par an. Ils n'en sont pas obligés, ils acceptent des programmes démentiels et ne peuvent plus s'entraîner »[xci]. Suite au Championnat de France, Letort est contrôlé positif à l'actiphos amphétaminée, prise de médicaments qu’il confirme à la radio. Le Champion de France se voit destituer et la presse, autre que le « Miroir », titre : « Coupable », « Indispensable leçon donnée à Letord », « Récidiviste », « Tricheur », en particulier « L'Equipe ». Après cet épisode, le « Miroir du Cyclisme » laisse, quant à lui, la parole aux coureurs. Anquetil  parle « d'hypocrisie, on frappe en bas mais pas à la tête. Il y a de l’acharnement contre les sportifs au nom de la morale ». Pingeon : « On nous traite comme des prostituées nous les cyclistes ». Poulidor est plus nuancé, mais regrette que l'on agisse  « comme au temps de l'occupation ». Pour Christian Raymond : « On s'attaque aux petits ». « Je préfère avaler deux cachets de produits défendus que de lamper deux litres de rouge pourtant autorisés ». Raymond Riotte dit tout ignorer des pilules, grâce à Jean Stablinski. Bernard Goyot déclare que : « Les contrôles ne le gênent pas, bien au contraire ». Eddy Merckx s'en remet, pour sa part, à son médecin. Stablinski, lui, condamne les contrôles au nom de la sacro sainte morale sportive. De plus, il mentionne qu’il existe des produits indécelables. Enfin, « plusieurs tasses de café sont plus dangereux qu'un concentré d'amphétamines ». Janssen, pourtant auréolé d’une réputation peu enviable, dit : « Tout cela n'est pas sérieux »[xcii]. Groskot, disqualifié à Haarlen, parle d'une baisse de tension et de prise d'un médicament acheté en vente libre. Il accuse l'U.C.I. Antonin Magne, lui aussi, fustige cette institution qui classe, déclasse, puis reclasse les coureurs, mais admet qu'il y a problème. Louison Bobet, quant à lui, à l'origine de la loi anti-dopage de 1965 est plus répressif. Il critique les déclarations de Jacques Anquetil, car elles ont un effet sur les jeunes. Pour lui, la loi est, certes, imparfaite dans son application et ses fondements, mais : « On ne doit pas laisser circuler le poison ». Marcel Bidot développe la même argumentation. Gaston Plaud pense que Letort a servi de bouc émissaire. Pour Jean Garnault, la F.F.C. doit s'occuper des amateurs, mais pas des professionnels qui relèvent de la médecine du travail. Pour Gilbert Bauvin : « Trop de publicité est faite aux produits... que les jeunes cherchent à se procurer. La population nous appelle les anciens drogués ». S'il avoue avoir pris des pastilles en neuf Tours de France, « c'est resté dans des limites raisonnables ». Paul Cartigny, conducteur de la « voiture balai », ne mentionne qu'un exemple de dopage sur vingt et une grandes boucles[xciii]. Comme, nous le voyons, trois types de discours émergent :

  • La majorité des acteurs condamne l’inquisition dont ils sont victimes au nom de la liberté ;
  • D’autres minimisent la gravité du geste ;
  • Enfin, les derniers disent tout ignorer de ces pratiques.

Quoiqu’il en soit, chacun lénifie le phénomène et en tout cas, réfute sa propre responsabilité.

Devant les attaques qui se multiplient à l’encontre des coureurs, l’U.C.P.F., créée en 1957 autour des frères Bobet, est rebaptisée l'Union Nationale des Cyclistes Professionnels en 1967 et Jacques Anquetil est élu Président, aux côtés de Poulidor et Pingeon. Ce syndicat demande que le cyclisme appartienne aux cyclistes et joue sur la fraternité internationale pour lutter contre les autorités judiciaires en charge du doping. Il travaille également à restaurer le lien entre amateurs et professionnels. Une délégation est même reçue par le colonel Marceau Crespin pour faire aboutir les revendications des sportifs[xciv]. De son côté, le « Miroir du Cyclisme » pousse l’Union Nationale des Cyclistes Professionnels à prendre position sur une doctrine permettant d'allier la morale et les intérêts des protagonistes[xcv]. La dimension éthique et déontologique est ici particulièrement mise en exergue et le désir de clarifier le passage à l’acte est bien réel[xcvi]. Pourtant, comme nous l’avons vu, dans l’enceinte du Vigorelli (théâtre du record de l’heure), Anquetil refuse de se soumettre au contrôle et… c’est finalement lui qui se trouve propulsé à la présidence du mouvement.

C’est donc finalement récemment Erwann Menthéour qui participe de cet effort de clarification. Selon lui, il y a une entrée dans le métier sous forme de rites initiatiques. Il y a donc graduation du dopage et une accélération du processus de normalisation de celui-ci par l'injection, d'abord par un médecin, puis personnelle, de vitamines. La seringue serait, en quelque sorte, le symbole même d'une fuite en avant et d'une acceptation tacite par le coureur d'une « logique compétitive pouvant aller jusqu'au risque »[xcvii]. Ceci montre qu’il y a différentes phases dans l’histoire du dopage, des formes de sa pratique et du discours qui le condamne, le justifie ou plus simplement, l’explique.

Comment l’éviter ? Il apparaît alors que la dimension éducative est le moyen de lutte pour une certaine presse, notamment « Le Miroir du Cyclisme ». Ainsi, au plan juridique, si la loi de 1965 est applicable, le décret d'application du 10 juin 1966 est flou et hermétique. Le nom des médicaments figurant dans le Traité de pharmacie chimique n’est pas mentionné. Les coureurs ne peuvent donc pas savoir ce qui est interdit, tout comme personne ne connaît les produits découverts dans le maillot de Simpson. Le journal justifie la déresponsabilisation des coureurs par un manque d’éducation. « Miroir-Sprint », quant à lui, deux jours après le drame Simpson, entérine la thèse du dopage et regrette que les coureurs ne parlent pas davantage du fléau. « Pourtant, quand les directeurs sportifs viennent vous avouer leur incapacité de contrôle, leur effroi devant l'utilisation abusive de produits dopants, il faut bien croire que le mal existe »[xcviii] (Menthéour et Blanchard, 1999, 140). Dès ce moment, tout en critiquant la loi antidoping de 1965, ce journal reconnaît qu'il faut bien agir. L'Union des Cyclistes Professionnels lui emboîte alors le pas. La voie des pratiquants diffère alors sensiblement. Cette institution se prononce pour les contrôles au nom de l'éthique et de la santé. Dans une interview au compatissant et bienveillant « Miroir du Cyclisme », le journaliste pousse l'interviewé sur le terrain de l’éducation contre la répression, de la frontière mal délimitée (y compris par les médecins) entre soins et doping, etc. Ce dernier de répondre : « Oui le cyclisme est dans le collimateur, mais c'est normal car ce sport est mal fait. Il s'apparente à une aventure humaine et financière et pousse les coureurs à grimper le Ventoux à 15 h en plein mois de juillet, il n'est pas assez structuré »[xcix]. On le voit, les médecins, indépendants dans le champ, sont alors appelés à la rescousse contre les instances sportives et politiques.

Le drame de Simpson est donc exemplaire des réactions qu’il a suscitées de la part des coureurs. Tous les moyens de défense que l’on connaît jusqu’à aujourd’hui sont ici concentrés. En cas de contrôle positif, le sportif utilise quatre parades :

  • Le détournement (faire porter aux entraîneurs, aux soigneurs ou aux médecins   la responsabilité) ;
  • La banalisation (généralisation de la pratique chez tous les sportifs) ;
  • Le retournement (le sportif dit qu'il a fait le sacrifice de sa santé et qu'il doit être respecté pour cela) ;
  • La conversion (le sportif accepte sa faute, l'avoue et devient un militant de la lutte antidopage).

Certains médecins se positionnent implicitement sur une autre posture : celle de la légalisation du dopage sous contrôle, pour maintenir l'égalité. En cas de simples rumeurs de dopage, les sportifs se disent persécutés par les journalistes ou incriminent les autres sportifs, mais plus rarement lorsqu'ils sont au sommet de leur gloire. Nonobstant ces deux derniers éléments connexes ; au travers de l’ultime stratégie, c'est au nom de l'éthique et de la raison que l'on assiste à un changement du mode de défense. Quoi qu’il en soit, on mesure bien que, dans le milieu cycliste, on invoque l'entrée dans le métier et le lien qui en découle : en prendre et se taire. On intègre la pratique du dopage pour entériner la frontière entre le profane et l'initié. On fustige les tricheurs qui deviennent les boucs émissaires, « non parce qu'ils en prennent, mais parce qu'ils se font prendre ». Certains ouvrages traitent du passage à l'acte dans le cyclisme amateur[c] et montrent que si la durée de vie diminue avec le dopage, le milieu cycliste est relativement laxiste. Il y a peu de contrôles positifs, dans la mesure où, comme le dit Duret : « Les voleurs courent plus vite que les gendarmes »[ci] (Duret, 2001, 102).  De plus, lorsque sanction il y a, elle aboutit à l’interdiction de courses de trois à quatre mois… contre deux à quatre ans en athlétisme, par exemple. Seuls donc, l’argument de l’éthique, de l’égalité et celui de la santé restent les moyens les plus efficaces pour combattre le dopage. Pourtant, la publication de la liste des produits interdits n’a pas freiné la prise d'amphétamines, car l'analyse d'urine ne les décèle pas, si le coureur fait une pause durant les compétitions. En revanche, les contrôles inopinés ont limité la pratique… jusqu'au moment où l'E.P.O. et l'hormone de croissance ont été usitées. Dès lors, les instances ont eu recours à la prise de sang. L'engagement des acteurs est donc bien total, il trouve sa place entre deux postures extrêmes : « ne pas exploser, mais ne pas en garder non plus sous la pédale ». La fidélité à la famille est donc invoquée. Se conduire en homme, c'est-à-dire ne pas « balancer », quand on est mis sous pression par des gardes à vue et enfin respecter l'employeur, pour ne pas lui faire du tort au plan commercial[cii]. Tout ceci se vérifie dans l’affaire Simpson… à ceci près que le principal intéressé est décédé.

Néanmoins, comme le mentionne Pascal Duret, il existe, aujourd’hui, une pluralité de principes moraux plus individualisés les uns que les autres. Ce ne sont plus des règles auxquelles il faut se conformer qui régissent la pratique, mais des constructions de normes individualisées[ciii]. Selon lui, trois hypothèses permettent d'interpréter le passage à l'acte :

  • La réaction provisoire du sportif en état de saturation et de fragilisation. Malgré le don de soi à l’entraînement, il y a peu de progrès. Perte de confiance et sentiment de ne plus se sentir à la hauteur expliquent une utilisation provisoire, éphémère de produits. En effet, les enjeux et les exigences de l’entraîneur, sans cesse croissants, impliquent soit l’abandon et la frustration, soit un recours au dopage qui va permettre de redoubler d’efforts et de persévérer ;
  • Une deuxième option est envisagée. Le recours prolongé et étalé dans le temps de produits. La programmation devient rationnelle. Il y a donc ici attitude rancunière que l’on peut résumer par : « tu te dopes, alors je me dope ! » ;
  • Enfin, la troisième posture est liée à la théorie de l’addiction. Le sportif est là dans une situation de dépendance. On se situe alors dans l'obligation de se droguer. Le déviant sait qu’il coure à sa perte, mais il est dans l’impossibilité de résister, Son activité sociale, voire sportive est extrêmement diminuée. Le comportement devient donc attitude, au sens où il y a persistance de l’usage, attente, prévisibilité forte[civ].

Nous pouvons donc imaginer que Simpson se situait sur les trois postures proposées ici. Les causes de sa pratique se situaient dans une logique de découragement de ne pas arriver là où il le souhaitait. De plus, son dopage était programmé et prolongé. Enfin, l’habitude aidant, la situation de dépendance l’a conduit à sa perte. C’est encore une fois, en ce sens, que l’affaire Simpson est exemplaire, Elle synthétise tragiquement toutes les postures modernes, au sens où logique personnelle et logique de système se combinent pour donner sens à l’usage de produits interdits. Nous allons voir maintenant les conséquences sur les institutions de cette affaire pour montrer en quoi les réactions et la lutte contre le fléau aujourd’hui sont tributaires du drame de 1967.

La réplique des différentes institutions au travers du prisme médiatique

Curieusement, la presse dans son ensemble et notamment « Le Miroir du Cyclisme » s’attaque à la Fédération Française, moins pour son laxisme, que pour sa brutalité dans la façon de traiter le dossier. Certains médecins, pour leur part, vilipendent également l’incompétence des pouvoirs fédéraux. Le Docteur Philippe Decourt, par exemple, joue de son savoir scientifique et défend une partie de sa corporation contre la Fédération. « Toute l'alimentation contient des nicotiniques, il faut donc regarder la quantité et non la ‘présence’ de produits. Il en est de même pour la caféine, le ‘Pepsi‘ et le ‘Coca-Cola’. On a voulu faire croire que Simpson était mort de son dopage, ce qui est faux et on a voulu faire des exemples avec Letord. Ce dernier avait des traces d'amphétamines, à des doses non dopantes, qui lui avaient été prescrites par son médecin »[cv] (Decourt, 1967, 8). De la même façon, le Docteur Dupin de Charleville esquisse une distinction entre type de produit et quantité de produit, il amorce une lutte moderne plus seulement liée à la qualité, mais à la quantité[cvi]. On remet même en cause l'intervention médicale officielle le jour du drame. Selon certains médecins, Simpson n'est pas mort d'une prise d'amphétamines, mais d'un « collapsus cardiaque »[cvii]. Dans ce cas, il faut que le cerveau soit plus bas que le cœur… or la tête de Simpson était posée sur un talus. De la même manière, il faut une immobilisation totale de la victime, une piqûre d'adrénaline et une injection de cortine, de strychnine, voire même d'amphétamines. Et de conclure que le soldat grec de Marathon est mort, lui aussi, d’un collapsus… comme Simpson, dans des conditions climatiques similaires... et sans prise d'amphétamines. Si ces dernières ont des effets secondaires néfastes : dépression en cas de sevrage brutal, celle-ci disparaît après un sevrage progressif de quatre jours. Il n'y a donc pas accoutumance. Les risques de décès ne sont envisageables qu'en cas de prise très élevée (980 milligrammes, soit 196 comprimés d'ortédrine en une seule fois pour un homme de 70 kg). La caféine et la strychnine sont beaucoup plus dangereuses. Pour justifier d’une telle argumentation, les acteurs médicaux font étalage de leurs compétences. Ainsi, dans « Le Miroir », le Docteur Philippe Decourt se présente comme « ancien Chef de Clinique à la Faculté de Médecine de Paris, Prix Nobel, spécialiste de l'étude des médicaments du système nerveux végétatif, testeur et metteur au point en Pharmacologie ». Ce discours très tranché trouve sa justification dans la position des protagonistes : experts pharmacologues et propagateurs d’amphétamines en délicatesse avec leur corporation. Mais, c’est néanmoins l’ensemble du pouvoir médical qui invite à distinguer préparation biologique -aujourd'hui indispensable- et doping. Cette distinction doit, bien sûr, s’opérer par une expertise de spécialistes.

Les journalistes du « Miroir », quant à eux, sont aussi critiques sur un plan déontologique, scientifique que juridique. Ils regrettent notamment qu’il suffise d'envoyer 5000 F à l’institution fédérale pour recevoir une licence de soigneur. D’autre part, pour eux, les représentants de la Fédération n'ont ni le droit de juger, ni celui de condamner. Cette dernière a violé la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 et la Convention Européenne des Droits de l'Homme. La F.F.C. a dénaturé la loi du 2 juin 1965 et a exercé de façon illégale et arbitraire l'exercice de la Médecine. La délégation de pouvoir que la Fédération reçoit du Ministre n'est pas justifiée, dans la mesure où le pouvoir politique n’est pas détenteur de prérogatives médicales. Quoi qu’il en soit, la loi Herzog de 1965 est considérée comme bâclée et donc non applicable. Ici, le pouvoir fédéral, mais aussi les dirigeants politiques, se trouvent égratignés. Preuve est faite que la presse non liée au journal « L’Equipe » et certains médecins, qui n’ont ni le contrôle sur leur propre corporation et encore moins sur le cyclisme, s’allient pour la circonstance, car ils n’ont pas autorité sur le l’organisation du Tour de France. Les « dépossédés » s’unissent sans se donner le mot pour faire front contre les gestionnaires officiels qu’ils soient politiques, scientifiques ou sportifs. De ce fait, ils trouvent auprès des coureurs des soutiens puissants qu’il serait malvenu de brocarder. La stratégie de dénégation, voire de subversion mise à jour par Pierre Bourdieu est, ici, bien à l’œuvre[cviii]. On fait donc reproche à la Fédération d'avoir recours à des méthodes policières au lieu de former des éducateurs. « (...) le mois d'août 1967 restera, (...), dans l'histoire du cyclisme comme celui où furent déballés au grand jour des tas de vilaines  choses »[cix]. En effet, dès cet instant, on classe l’affaire Simpson, on punit des coureurs et on ouvre le dossier doping. A ce titre, Jacques Anquetil devient le précieux défenseur du « Miroir du Cyclisme » (et inversement) contre les instances fédérales. Le prestigieux coureur se prononce contre les équipes nationales. Il est en conflit avec Aimar et Stablinski, ses équipiers et de façon plus médiatique avec son ennemi épidermique : Raymond Poulidor. Au plan sportif, après son échec au Tour d'Italie et sa non participation au Tour de France, la situation de Jacques est bien morose. Pour ce qui concerne le dopage, les affaires se corsent également. Rappelons que le 27 septembre 1967 au Vigorelli, Jacques Anquetil bat le record de l'heure, établi en 1956 par Roger Rivière. Compte tenu de son refus de se soumettre au test antidoping, sa performance n’est pas homologuée. Suite à ses déclarations dans un journal à sensation (« France-Dimanche »), la Fédération Française de Cyclisme l’interdit de Championnat de France, le 13 août 67 à Felletin (Creuse) et de Championnat du Monde à Heerlen, le 3 septembre de la même année. En effet, « tout licencié qui se conduit de façon à discréditer sa Fédération ou le sport cycliste, moralement ou matériellement, sera passible d'un interdiction temporaire ou définitive du droit de courir ». Le « Miroir du Cyclisme » répond en dénonçant l'hypocrisie de l’institution qui n'a pas pris ses responsabilités autrement qu'en sanctionnant personnellement le plus grand coureur français[cx]. Ce dernier prétend pourtant que le dopage est un mal nécessaire pour des gens qui courent 235 jours par an pour des marques de plus en plus exigeantes et pour pouvoir, socialement, se promouvoir. Le « Miroir » soutient le coureur contre les instances fédérales : « La ‘guerre au doping’ est déclarée et la Fédération a décrété la loi martiale. Elle qui connaît ces pratiques depuis plus de cinquante ans se met soudain à frapper aveuglément (...). Elle se refait une bonne conscience sur le dos des coureurs qui n'osent plus prendre un cachet d'aspirine, mais qui en reviennent aux vieilles médications qui, elles, ne laissent pas de traces »[cxi] (Parmentier, 1967, 3). La F.F.C. et l'U.C.I. sont également vilipendées par les Médecins qui considèrent que les courses à étapes sont inhumaines. « Messieurs de la F.F.C., il est trop facile de faire porter le chapeau aux seuls coureurs, ce qui est à mon avis la cause principale de la révolte de Jacques Anquetil (....). A choisir entre le mensonge et la franchise, le plus grand champion français a pris ses responsabilités et l'honnêteté ne paie plus, car il a été puni par l'hypocrisie fédérale »[cxii] (Burger, 1967, 6). L’ensemble des coureurs emboîte le pas à son leader en l’élisant Président de l'Union des Cyclistes Professionnels[cxiii]. La logique de performance se heurte, ici, à la dimension éthique, comme si le prestige sportif suffisait à « couvrir » et à « justifier » la déviance. Systématiquement pourtant, le doping est désormais considéré comme un fléau toxicomane et c'est la police qui est en première ligne[cxiv].

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DECOURT (Philippe), « La véritable ‘affaire Désiré Letort’ », in Le Miroir du Cyclisme, n° 92, octobre 1967, p. 11.

Dès lors, le dopage prend une dimension collective. Ainsi, Désiré Letord, Champion de France 1967, a avoué prendre des amphétamines et Charly Grosskot du « Pressyl ». Ils sont destitués de leur titre par la Fédération. Dix dossiers de cyclistes, liés à des affaires antérieures au drame de Simpson, sont remis au Garde des Sceaux. Dans le même temps, la lutte contre le dopage commence à s’ancrer dans le contexte international. La consolidation de ce que l’on commence à appeler alors la Communauté Economique Européenne n’est sans doute pas étrangère à cette transgression des frontières. Ainsi, quinze jours après la mort du Britannique, le décès de l'Espagnol Uriona, lors du championnat ibérique, paraît, à son tour, suspect. De son côté, Dolman, le champion des Pays-Bas, avoue son dopage aux enquêteurs bataves, tout comme l'avait fait Jacques Anquetil précédemment. Enfin, le belge Van Steenbergen est arrêté pour trafic de drogue[cxv]. Fort logiquement, à la fin de l'année 1967, une réunion entre l'U.C.I., la Fédération Internationale du Cyclisme Professionnel, des Médecins de plusieurs nationalités, des organisateurs, des groupes sportifs, des juristes et des coureurs est organisée et a pour objectif d’uniformiser la liste des produits interdits. Le « Miroir » réagit à ce curieux internationalisme : « L'U.C.I. lave son linge sale en public… sans que cela ne redore un blason bien terni »[cxvi]. Dès lors que le problème du dopage se généralise, s’érige en système, s’internationalise, la critique en fait de même et prend un tour très clairement politique. Le dopage n’est pas l’apanage des seuls sportifs dans une société où drogue et surmédicalisation s’érigent en style de vie. Le cycliste est suspect, alors que toute la société est contaminée. Pourtant, le « Miroir du Cyclisme » mentionne que seuls les sportifs sont contrôlés. Leur responsabilité se dilue, s’amenuise et leur pratique est vite pardonnée. Trop d'importance est donnée à la victoire et il y a une différence de traitement entre les sportifs et les personnalités de la société civile en matière de lutte contre le fléau.

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PELLOS, « L’épée et les… pelés ! Histoire de pendus », in Le Miroir du Cyclisme, n° 91, septembre 1967, p. 2.

La politique policière des fédérations, dans leur ensemble, est critiquée[cxvii]. On s'insurge contre les instances politiques et fédérales : « La loi anti-doping, votée en 1965, appliquée depuis 1966, était, sinon dans son objet, au moins dans son esprit, un acte démagogique destiné à détourner l'attention des véritables problèmes du sport français. Pendant qu'on parle de ça, on oublie la misère des installations, le manque d'enseignants, l'inexistence du sport scolaire, la réduction des crédits et de subventions pourtant bien réelle dans le budget 1968 ». On se questionne à propos des contours de la loi : « Quel est le délai pour se soumettre au contrôle : trois heures ? » « Y a-t-il des cabines réservées à cet effet ? » Les médecins sont également dans le collimateur du journal, alors que certains en étaient de précieux alliés. Sur cette question, certains praticiens se prononcent en faveur d’un laps de temps de trois heures, afin que les traces ne s'éliminent pas, pendant que d’autres pensent que 48 heures de délai permettent une lecture plus précise au microscope. On condamne pêle-mêle l'État répressif, les cadences infernales et le professionnalisme contrôlé par les grands argentiers. Le sport amateur ou plutôt « libre » est, lui, encensé[cxviii]. « Nous sommes, ici, partisans convaincus de la lutte contre le dopage, mais d'une lutte sereine, efficace, replacée dans le contexte général de la société, qui ne présenterait pas seulement un aspect répressif et ne serait plus l'affaire de quelques personnages en quête de publicité ou manipulés par un pouvoir plus soucieux de propagande que de santé publique. Nous en sommes là, hélas ! »[cxix] (Parrot, 1967, 16) Pour clore l'année 1967, le « Miroir du Cyclisme » parle de répression contre le seul cyclisme, de droit des sportifs bafoué, du gendarme F.F.C., d’un cyclisme qui doit sortir de l'âge des forçats de la route pour aller vers la modernité par des préparations psychologiques et physiologiques. En signant un engagement de non dopage à la signature de leur licence pour la saison 1967-68, le journal craint que les coureurs ne se sentent fichés. Selon le « Miroir », l'hypocrisie, puis la réaction maladroite, les conditions inhumaines de course et l'argent ont tué cette discipline. De la même façon, Jean Bobet accuse les directeurs sportifs de s'entourer de soigneurs charlatans. L'ancien mineur Schnaum, reconverti comme préparateur en pharmacie, est accusé de posséder des fioles aux noms évocateurs : « Arc en ciel », « Poils à gratter », « Papillon », « Garde d'ange ». Il reproche aux clubs et à la fédération de présenter le cyclisme comme un moyen de gagner de l"argent[cxx]. La condamnation se fait plus ici au nom de la morale sportive, que pour des raisons médicales. La prise d'amphétamines, très en vogue, n'est pas remise en question par le coureur[cxxi]. Pour Roger Pingeon, le vainqueur du Tour 67, il faudrait alléger les calendriers[cxxii] et limiter la liste des produits interdits. On voit donc bien que ce qui est condamné, ce n’est pas le dopage, ce sont ses causes et le flou entretenu autour de la politique de lutte contre cette pratique. La première cause semble bien être celle des conditions inhumaines de travail. Le « Miroir du Cyclisme » revient là-dessus en interviewant Jacques Goddet, le responsable du Tour de France, à propos de la longueur des étapes. Ce dernier fait sienne cette explication. Il rajoute toutefois qu’il faut aussi que les autres épreuves se raccourcissent. De plus, les coureurs n'aiment pas les voyages en train et en autobus et il est impossible de trouver des villes accueil séparées de moins de 200 Kms. Le nombre de jours en selle (240) et la quantité d'heures par étape sont également discutés. Pas plus de quatre heures seraient souhaitables. Goddet infléchit aussi largement son opinion en acceptant les préparations. Toutefois, il n'accepte pas que les coureurs doutent les uns des autres et que certains se sentent injustement inférieurs[cxxiii].

Quoi qu’il en soit, la stratégie du « Miroir » reste identique : les coureurs sont pardonnés et les institutions vilipendées. Il en va tout différemment du journal « L’Equipe ». Si le cheval de bataille de l'éducation est repris par Jacques Marchand, le Rédacteur en Chef adjoint de « L'Equipe », l’attitude des coureurs est, en revanche, critiquée, tout comme les prises de position de son concurrent médiatique. Pour Marchand, le contrôle antidopage organisé institutionnellement est une bonne chose, y compris au nom de l'éducation. Ceux qui n'acceptent pas la répression acceptent le dopage. Il tire à boulets rouges sur le discours populiste de la presse sportive spécialisée. « La campagne démagogique en faveur de Letort et Anquetil n'est pas acceptable »[cxxiv]. Sans doute, le fait que « L’Equipe » soit le chef d’orchestre du Tour de France et que Marchand soit le Directeur du Tour de l'Avenir explique cette position favorable aux institutions et pas aux sportifs, au nom de la morale principalement. La presse populaire à scandale, de son côté, occupe une position médiane. « Paris-Match » dénonce, par exemple, aussi l'athlétisme et la boxe pour généraliser, donc faire partager les responsabilités du dopage aux autres disciplines sportives. En même temps, elle lave de tout soupçon tous les autres sports, tout en craignant la contagion[cxxv].

De leur côté, certains médecins se trouvent dans une position de dominés dans le champ médical, comme sportif. Ils s’allient donc objectivement avec « Le Miroir du Cyclisme », qui l’est également, tant au niveau médiatique, qu’organisationnel, par rapport à « L’Equipe ». Ainsi, les praticiens ne proposent pas la publication d’une liste de produits interdits, mais un répertoire pharmacologique licite : Vitamine C et Analeptiques. On dit ce que l’on doit prendre au lieu de dire ce que l’on ne doit pas prendre.

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PELLOS, « Le nouvel homme au marteau », in Le Miroir du Cyclisme,

n° 90, août 1967, p. 2. 

L’opposition entre le pouvoir institutionnel et les médecins non associés à la sphère de décision se cristallise notamment à propos de la définition du dopage. Celui-ci s’apparente à un facteur d'augmentation artificielle de la performance, alors que les seconds le considèrent comme un stimulant du système nerveux qui masque la fatigue[cxxvi]. Une opposition entre deux points de vue se fait jour :

  • Les institutions dirigeantes  considèrent qu’en améliorant artificiellement les résultats, ces derniers sont tronqués et l’éthique n’est plus garantie ;
  • Les médecins en position de dominés axent leur argumentation autour de la préservation de la santé. Le dopage, en annihilant les « fusibles », masque les risques encourus par ceux qui s’y adonnent.

Les frontières du dopage en 1967 ne sont donc pas clairement délimitées et sont autant d’indicateurs de la position occupée par les agents dans le champ. L’éventail est large entre l’usage de produits masquants, jusqu’à la prise de substances illégales dans le civil, Les médecins se définissent comme réalistes, car ils supposent que seuls les risques liés à la santé permettent de dissuader les utilisateurs potentiels.  Ils considèrent donc les autres « acteurs » comme des idéalistes, dans la mesure où le discours lié à l’égalité des chances, donc à l’éthique sportive, se trouve balayé par des justifications considérées comme légitimes par les athlètes dopés. La production d’un tel vocabulaire (réalisme-idéalisme) rappelle d’ailleurs celui utilisé par le courant sportif du S.N.E.P. dans le domaine de l’Education Physique scolaire française. Quoi qu’il en soit, à un moment ou à un autre, tous les médecins du Tour de France qui ont parlé de dopage en ont été écartés : Dumas en 1968, Maigre en 1972 et Miseré en 1982[cxxvii]. La position de dominants de certains médecins n’est donc, le plus souvent, qu’éphémère. Le pouvoir politique et sportif définit le dopage, sa prévention et sa répression.

Ces dernières années, les choses ne se sont guère modifiées. Ainsi, lorsque le Docteur Jean-Paul Escande propose un suivi des sportifs à la retraite pour vérifier les effets du dopage et notamment de la dépendance qu’il crée, il n’est suivi ni par les institutions sportives, ni par le pouvoir politique[cxxviii]. Ainsi, entre la découverte, l'usage, la recherche antidopage et le suivi post-carrière sportive, des distorsions s'opèrent dans le temps. Pourtant, il ne semble pas que cela tienne à des difficultés scientifiques, mais à un manque de volonté politique international, au coût de la lutte antidopage, à la difficulté diplomatique de procéder à des contrôles inopinés durant les phases d'entraînement et d’absence de compétitions. Jean-Pierre De Mondenard dit, de son côté : « Je suis contre le dopage et pas contre les dopés, il faut virer tous les salauds qui vivent grassement au dépend des sportifs » . La stratégie de dénégation[cxxix] des médecins en croisade contre le fléau est toujours la même : disculper le coureur et le pouvoir « médical » et mettre en accusation les instances politiques et sportives. Ainsi, Jean-Pierre De Mondenard explique qu’il existe 300 produits interdits pour 11 000 médicaments. Les scientifiques n’ont donc pas créé une pharmacopée qui contraindrait les coureurs à ne se soigner qu’avec des produits interdits. Pourtant, le fossé semble se creuser entre pratiquants et médecins. Depuis les années soixante, ces derniers fixent les normes du dopage, mais celles-ci varient en fonction de la proximité entretenue avec les sportifs. Pour ces derniers, c'est la fatigue qui est la cause majeure du dopage et non la quête de la performance stricto sensu. Il apparaît donc que les normes de la déviance ne sont pas les mêmes dans l'univers sportif que dans le monde ordinaire. Les sources de justification sont également différentes. A tel point que l’athlète dopé ne se considère pas comme tel. La contrainte juridique se heurte aux mœurs du milieu. Le sport et le cyclisme en particulier est un monde à part, pour reprendre le terme de Boltanski et Thévenot. Une lutte voit s’opposer deux cultures : celle du monde « ordinaire » et celle du monde sportif. Cette dernière est tributaire de son type, du degré de perméabilité et d'ouverture sur le monde ordinaire et de l'apparition de nouvelles gammes de produits. La norme commune, quotidienne est moins perméable à l’évolution des produits, dans la mesure où elle est moins liée à l’enjeu de la performance physique et que, de toute façon, elle n’est pas soumise à des interdits, à l’éthique sportive. D’ailleurs, le nombre de cas positifs s'élève à autour de 1%, toute discipline et compétition confondues, alors que le nombre de cas réels s’élèverait à 20%[cxxx]. Si l’on excepte les Jeux Olympiques d’Athènes et de Pekin, au cours des sept derniers Jeux Olympiques, il y a eu entre 1500 et 2000 contrôles et seulement entre 0 et 12 cas positifs. En 1994, le C.I.O. procède à l'harmonisation internationale, via un code médical comprenant une liste des substances interdites, Le niveau des sanctions est fonction des types d'infraction ; en 1996 : 5436 prélèvements, 1997 : 5402, 1998 : 7745, 1999 : 8062, 2000 : 7967. Sur tous ces examens, 3,5 %, seulement, se sont avérés positifs[cxxxi]. L'année 2000 a été marquée par une augmentation du nombre de contrôles inopinés. De 20 % en 1999, on passe à 45 % en 2000, pour la plupart, à l'initiative du Ministère Français des Sports. Les sanctions sont sportives pour les sportifs (fédérations) et pénales pour les pourvoyeurs. Tout cela semble, quoi qu’il en soit, accréditer la thèse institutionnelle qui consiste à ne faire porter la responsabilité du dopage qu’à quelques unités éparses culturellement minoritaires. Pour les institutions sportives, là non plus, la stratégie ne s’est guère modifiée depuis l’affaire Simpson. L’objectif est de faire croire que le dopage est ponctuel, qu'il n'est pas un système, mais l'affaire de quelques « moutons noirs. »  À  ce titre, en cas de scandale, il y a exclusion, rapidité des analyses et des jugements, ainsi que clarté des sanctions. Le coupable est alors désigné unanimement comme transgresseur de l'éthique par l'ensemble de la communauté sportive. La riposte de ce dernier consiste alors à contourner les institutions internes pour appeler à la rescousse d'autres partenaires, notamment juridiques. La mobilisation des ressources extérieures visera, le plus souvent, à chercher un vice de forme et non à remettre en cause le dopage, mais seulement la manière de faire de la Fédération concernée. Le Tribunal Administratif, voire le Conseil d’Etat est la juridiction compétente, dans la mesure où le conflit oppose un particulier à une administration publique : le Ministère des Sports. Les partenaires privés comme publics, quant à eux, commencent à quitter le milieu du vélo. Ainsi la marque « Festina » s’est faite, un moment, plus discrète, suite à l’affaire qui a mis en cause sa formation, lors du Tour de France de 1999. Le nom des équipes change frénétiquement, au gré du « turn-over » de l’implication éphémère des marques dans le cyclisme. Mieux vaut ne pas rester trop longtemps en première ligne, sous peine d’être suspecté. C'est donc, en quelque sorte, l'économie qui réinvente l'éthique non pas directement, mais parce que le jeu n'en vaut plus la chandelle... d'autant que le nombre de téléspectateurs du sport diminue et voit sa moyenne d’âge augmenter[cxxxii]. Aujourd'hui, le dopage fait l'objet de nombreuses publications et colloques, mais essentiellement dans le domaine médical[cxxxiii]. Les travaux sociologiques sur le sujet sont, eux, plus rares[cxxxiv].  Quoi qu’il en soit, rien n’arrête le Tour : ni Mai 68, ni les manifestations sociales, ni la mort de Simpson[cxxxv]. Les conséquences du drame sur les spectateurs seront finalement quantitativement peu importantes, mais qualitativement marquantes.

La suspicion publique à l’encontre des sportifs ou la propagation médiatique du doute postmoderne

Comme nous l’avons vu, le scandale Simpson se trouve noyé dans l’espace public et la société civile. En 1965, 800 millions de stimulants ont été vendus et « ce ne sont pas les 80 coureurs professionnels français qui ont dévalisé les pharmacies »[cxxxvi]. On commence donc à s’interroger sur les raisons qui font que les médecins, les artistes et les hommes politiques ne sont pas contrôlés. Aujourd’hui, selon Jean-Pierre de Mondenard, dans la vie quotidienne, tout le monde se dope (alcool, tabac, etc.). Le cyclisme est, dans son essence, une activité saine : « La dope,  c'est la clope du cycliste qui va expier en pratiquant ». En fait, la presse non communiste, dont le journal « L’Equipe », condamne les coureurs fautifs, tandis que la presse proche du Parti, dont « Le Miroir du Cyclisme », défend les coureurs et situe le fléau dans une problématique sociale plus large. Ses journalistes ne se font pas les défenseurs du doping, mais des coureurs, en invoquant le besoin, pour eux aussi, de se soigner et de profiter des bienfaits de la science. Au même titre, l’éducation et la prévention supplantent la répression[cxxxvii]. Finalement, les arguments du « Miroir » ne sont pas très différents de ceux développés, une quarantaine d’années plus tard, par Jean-Pierre de Mondenard.

Mais il serait illusoire de croire que les médecins ayant prise sur « l’opinion publique » de l’époque partageaient tous la même vision. Cette pluralité des opinions entretient, par la même, le flou, le doute, la suspicion post-moderne. Ainsi, le Docteur Dumas, Médecin officiel du Tour de France, répond au Docteur Decourt, le « père » de l'orthodrine. Ce dernier est vivement critiqué, il est même rayé de l'Ordre des Médecins pour promotion publique illicite de son produit. Dumas déclare que ce médicament est interdit et que son inventeur incite à son utilisation massive et généralisée. Ce dernier insiste sur la nécessité de la loi antidopage. Même si son application est quelque peu policière, il fallait en passer par là. Toutes les fédérations, dès 1968, s'engagent à respecter les procédures. La condamnation du doping est irréversible. Pour Dumas, qui reprend le discours « coubertinien », le sport n’est pas un espace public comme un autre, il doit être une sorte d’éden au sein duquel la fin ne justifie pas tous les moyens… ce qui n’est pas le cas dans la société civile. Il plaide pour l'ascétisme contre l'entraînement « en boites de pilules ». Il ne faut pas mélanger la vitamine C avec les amphétamines. Le 13 octobre 1967, la liste des substances interdites et les modalités de contrôle sont donc avalisées par les plus grands médecins (dont le Doyen de la Faculté de Médecine de Paris) et pharmacologues, le Conseil d'État, le Conseil Supérieur de l'Hygiène, le Ministère de la Jeunesse et des Sports et l’Union Cycliste Internationale : stupéfiants, amphétamines, antidépresseurs, alcaloïdes, analeptiques cardio-vasculaires et respiratoires et hormones. Il s'en suit ici une propagation sur la place publique du conflit mettant aux prises médecins officiels, institutionnellement reconnus et ceux qui ne le sont pas ou plus[cxxxviii]. D’ailleurs, la plupart de ceux-ci considèrent, qu’en remettant en selle Simpson dans le Mont Ventoux, le public a commis un « homicide involontaire »[cxxxix], comme pour mieux disculper le coureur et grossir l’ importance des circonstances de cette étape et l’ère du temps plutôt « pharmacophrénique ». On le voit, le doute post-moderne qui trame notre société depuis le début des années quatre-vingt est, ici, déjà à l’œuvre. La dilution des frontières, l’absence de repères stables n’autorisent pas une explication synthétique : le climat, la topographie, l’influence des spectateurs, la position des médecins, le rôle des institutions dirigeantes, la personnalité des coureurs… sont autant d’indicateurs qui se contredisent, mais rarement se complètent, laissant planer un doute qui nous renvoie à la question essentielle : qui est responsable ? Mais, peu à peu, les journalistes du « Miroir du Cyclisme » commencent à modifier leur discours en interrogeant, dans leurs tribunes, les détenteurs officiels du pouvoir médical et sportif et tombent d’accord sur un modus vivendi avec le Docteur Dumas. Ainsi, si les courses sont trop longues, il faut appliquer la législation sur le travail. Il y a donc tentative d’intégration du cyclisme dans un système de régulation par le droit sur une autre logique que celle du sport : celle liée au travail. De ce point du vue là, le cyclisme se rapproche du fonctionnement en cours dans le monde du travail. En échange de quoi, la préparation diététique est proposée en espérant qu’elle contribuera à la diminution du nombre des coureurs utilisant des produits dopants. Contre le dopage, Dumas et son interlocuteur opposent une éducation physique formative, la pédagogie devant remplacer la pharmacologie[cxl]. Ces derniers articles tempèrent de beaucoup les prises de position extrêmes du « Miroir du Cyclisme ». Les raisons de cette modification de la teneur du propos tiennent au fait qu’en entrant dans l’espace public, l’affaire ne pouvait qu’être condamnée en toute fin par le journal. Le fait d’interviewer des acteurs proches des pouvoirs décisionnaires : Félix Lévitan, le Docteur Dumas, entre autres, a recentré le mensuel sur une optique plus légaliste. Il semble également, sans que nous ayons pu le vérifier, que certaines pressions émanant de la sphère politique du mensuel ont conduit le Rédacteur en Chef à émettre des avis moralement défendables sur la place publique. Toutefois, nous n’avons pas, bien loin de là, percé le mystère de cet infléchissement. Comme l’a donc fait tardivement « Le Miroir du Cyclisme » en 1967-68, les médias, aujourd'hui, prennent à partie le public en réunissant un faisceau de preuves et en quantifiant le niveau des performances et la taille des muscles. Au point que le public est aujourd'hui extrêmement sceptique sur le cyclisme, les scandales Festina et Cofidis, les soupçons à l’encontre de Bjorn Rijs, Miguel Indurain et Lance Armstrong, les cas de dopage avérés de Pedro Delgado et Jan Ulrich ne font qu’entretenir une atmosphère de suspicion. Enfin, au début de l’année 2004, le décès de Marco Pantani renforce, s’il en était encore besoin, l’importance à accorder au drame qui toucha Simpson en 1967, sorte d’acte fondateur du caractère morbide et mortifère du sport auprès de « l’opinion publique ». La suspicion autour des champions, des maillots jaunes se fait d’autant plus vive depuis la mort du Britannique[cxli], sorte d’illustration sordide du doute qui envahit notre société post-moderne. L’affaire Simpson a également ceci d’exemplaire qu’elle concentre autour d’elle toute la rhétorique politique, institutionnelle, sportive, médiatique et populaire qui circule aujourd’hui autour du dopage. Les stratégies, les enjeux, les justifications concernant ce problème sont posés d’ores et déjà comme fond baptismaux et jalons, par l’affaire Simpson,  de ce que nous appelons désormais le dopage et son traitement.

Le drame de 1967 est exemplaire de la désormais tragique image du dopage, au sens où la mort en direct d’un champion, devant les caméras de télévision et dans la course la plus populaire du monde est une regrettable première, comme si cet événement inaugurait une nouvelle structuration dans l’espace social. Elle laisse voir des appréhensions médiatiques aussi différentes que ne le sont les positions des acteurs de la presse écrite à l’intérieur du champ. Les dominés, qu’ils soient journalistes, médecins voire même coureurs éloignés des instances dirigeantes, se rangent aux côtés des cyclistes et font du dopage une affaire générale. Les dominants, qu’ils soient dirigeants politiques, membres de la société du Tour de France (« Amaury Sport Organisation », aujourd’hui) ou journalistes de « L’Equipe » cherchent, eux, à diminuer l’importance du phénomène en le circonscrivant à une affaire personnelle dont les coupables doivent payer le prix. Les stratégies de défense des acteurs convaincus ou soupçonnés de dopage sont définitivement posées : détournement, banalisation, retournement, conversion, en cas de dopage avéré et persécution, incrimination, en cas de simples rumeurs. Les justifications du passage à l’acte sont initiées en cette année 1967 et perdurent encore aujourd’hui. Les moyens de lutte contre le dopage entament une « cure de modernité » après le drame de Simpson, au sens où les instances sportives, mais aussi médicales, juridiques et politiques, sont intégrées. Cette affaire est exemplaire aussi dans la mesure où elle se double d’une critique sociale exacerbée, notamment par le journal proche du Parti Communiste : « Le Miroir du Cyclisme ». Elle est, également exemplaire d'une tension entre loi et morale, profession et déontologie, humanisme et éthique. Elle instille également une nouvelle donne en matière de santé. Si le médicament, dans la vie civile, est considéré comme un progrès, un bienfait avant 1967, sa consommation abusive commence à susciter des questions après cette date, dont les médecins s’emparent pour en défendre l’usage ou au contraire pour le condamner, selon leur position dans le champ médical et sportif. Le dopage, lui-même, se modifie : dynamisant auparavant, il devient masquant par la suite. Le drame Simpson a donc bien une portée générale, tant le nombre d’acteurs, la pluralité des secteurs touchés, les moyens de défense et de lutte utilisés sont nombreux.

Pourtant aujourd’hui, il ne reste de l’affaire Simpson qu’une stèle dans le Mont Ventoux et quelques lignes dans des ouvrages en langue anglaise[cxlii]… comme si tout le monde souhaitait ne plus faire resurgir le spectre du défunt champion. De plus, les institutions ne s'interrogent que fort peu dans leurs organes de communication internes. Elles glorifient toujours la discipline. Certains travaux publiés par l'Union Cycliste Internationale ne mentionnent mots, ni chapitres sur Simpson et sur le dopage en général[cxliii].

Au plan épistémologique et paradigmatique, impossible de limiter l’éclairage historique à un structuralisme triomphant ou à un subjectivisme tout puissant. Ainsi, certains acteurs remettent en cause l’honnêteté de Simpson, pendant que d’autres remettent en question le « système ». A ce titre, ces derniers développent une argumentation « causaliste », explicative et structuraliste, alors que les premiers émettent un point de vue comportementaliste, subjectiviste et individualiste. Le déterminisme conjoncturel (circonstanciel) ou structurel s’oppose donc au pragmatisme, d’où émerge une part de liberté individuelle. La dimension macroscopique se mêle à la dimension microscopique et à la dimension médiane. Ainsi, le champ du cyclisme a sa propre logique, son autonomie par rapport aux autres disciplines. La prochaine étape dans l’appréhension du dopage aujourd’hui, est de ne plus se limiter aux disciplines considérées, depuis toujours, comme suspectes (cyclisme, athlétisme et natation). Les sports collectifs et certains autres sports individuels (tennis) font maintenant le fruit d’une critique acerbe. La mort du footballeur ivoirien, Marc Vivien Foé, lors de la Coupe des Confédérations en 2003 apparaît comme un accélérateur de la lutte anti-dopage dans les jeux de ballon. De son côté, le contrôle positif aux stéroïdes anabolisants de Ben Johnson, lors des Jeux Olympiques de Séoul de 1988, a instillé une tentative de rapprochement international en matière de lutte contre le dopage. L’harmonisation entre les disciplines et entre les pays apparaît aujourd’hui comme nécessaire. La Charte Européenne contre le dopage de 1983 ou la recommandation du 25 septembre 1984 l’atteste. En 2003, l'Agence Mondiale Antidopage (A.M.A.) parvient à mettre d'accord 200 fédérations et 80 pays. Seulement, quelques mois plus tard, certains produits sont retirés de la détection en cas de circonstances exceptionnelles (maladie) et certains autres ne sont pas recherchés. La distorsion entre l’Union Cycliste Internationale et l’Agence Mondiale Antidopage et cette dernière avec la Fédération Internationale de Football rendent pourtant encore la lutte peu lisible et transparente. Néanmoins, les pays traditionnellement les plus laxistes commencent à réagir vivement. Ainsi, depuis décembre 2003, la Fédération Américaine d’Athlétisme a pris la décision de suspendre à vie ses athlètes contrôlés positifs suite aux Championnat du Monde d’Athlétisme, organisés en août 2003 au Stade de France. Il y a encore peu de temps, chacun considérait que pour les institutions sportives, seules la mort et les maladies étaient les seules limites naturelles au dopage[cxliv]. En effet, lors des derniers mondiaux d’Athlétisme, quatre athlètes américains contrôlés positifs ont été dépossédés de leur médaille. De façon plus surprenante, John Mac-Enroe, en janvier 2004, déclare que des médecins lui auraient, au cours de sa carrière, administré, à son insu, des produits dopants prodigués habituellement aux chevaux. Le serment d’Hippocrate n’est donc pas une garantie absolue de moralité. En revanche, la riposte éthique et notamment la modification à long terme de la représentation qu’ont les jeunes des héros sportifs semble plus efficace que la démarche hygiéniste, sanitaire et médicale[cxlv]. De ce point de vue, le discours orchestré par « le Miroir du Cyclisme »,  dans les années soixante, a été entendu.

Au plan temporel, le recul et les avancées scientifiques permettent de s’interroger, de façon longitudinale, sur les décès prématurés de sportifs : cancers, maladies cardio-vasculaires, attaques cardiaques et cérébrales…[cxlvi] Pourtant, malgré ces avancées, l’affaire Festina, durant le Tour de France 1998, l’affaire Cédric Vasseur de l’équipe Cofidis de janvier 2004, les paroles de Philippe Gaumont qui avoue se doper comme 95 % des coureurs, l’éviction de l’équipe espagnole Kelme du Tour de France 2004 suite à des autotransfusions sanguines, les révélations de Bjorn Rjis et Erik Zabel, l’affaire Puerto, le déclassement de Floyd Landis en 2006, celui de Rasmussen et Vinokourov en 2007, l’expulsion de l’équipe T-Mobil et Astana la même année, l’exclusion de la grande boucle 2008 du leader italien Ricco et de l’Espagnol Beltran et surtout le décès de Marco Pantani le 14 février 2004, suite à une prise importante d’anxiolytiques nous font dire que : « Quarante et un ans plus tard, le problème n'est toujours pas réglé »[cxlvii]. S’il ne l’est pas, la volonté  politique et sportive est pourtant indiscutablement présente. La stratégie mise en place par le C.I.O. avec l’aide des différentes fédérations sportives du monde entier lors des deux deniers Jeux Olympiques apparaît ici exemplaire. Les Fédérations nationales n’ont pas hésité à prendre des sanctions lourdes à l’encontre de leurs propres représentants notamment dans le sport majeur qu’est l’Athlétisme aux Jeux Olympiques (Kanteris, Thanou, Korzhanenko, Fazekas, Annus…). Après l’affaire Simpson qui a conditionné plus de 40 ans de lutte contre le dopage, la politique conduite par la Société du Tour de France filière d’Amaury Sport Organisation (« A.S.O. ») n’ouvre-t-elle pas une nouvelle ère en la matière, faisant passer de l’intention aux actes ?

  

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Document video

Simpson, T. Something to aim at. Highly Recommanded Viewing, NFV 26217, 75 min.

Corpus investigé

Presse cycliste

Archives de la Vélocithèque de Pomeys

Le Miroir du Cyclisme (1967-1968)

Miroir-Sprint (1967-1968)

Revue Cycliste Belge

Vélo-Rétro

Presse sportive généraliste

L’Equipe (1967-1968)

Le Miroir des Sports (1967-1968)

Sport et Vie

Presse généraliste

France-Dimanche

France-Soir (1967-1968)

Le Nouvel Observateur

Paris-Jour

Paris-Match

Télé 7 Jours


Notes

[i] Cf. CORPUS INVESTIGE en Annexes.

[ii] DE COUBERTIN (Pierre), « Les assises philosophiques de l'Olympisme moderne », in Textes choisis, Tome 2 : « L'Olympisme », C.I.O., 1986, p.p. 15-19.

[iii] Cité par LABRIDY (Françoise), « Le sportif : l'être du dépassement », in Sports, Toxiques et Dépendance, Lyon, E.N.S.L., jeudi 29 novembre 1990, p. 5.

[iv] DURET (Pascal) et TRABAL (Philippe), « Les cyclistes entre deux violences », in Culture en Mouvement, 1999.

[v] SOBRY (Claude), « Le Tour de France et le dopage », in PORTE (Patrick) et VALA (Dominique), Maillot jaune Regards sur cent ans du Tour de France, Anglet, Atlantica, 2003, p.p. 464-485. (coll. Sport et Mémoire/Musée National du Sport/ Musée Auto Moto Vélo.).

[vi] BOURY (Paul), La France du Tour. Le tour de France, un espace à géographie variable, Paris et Montréal, L'Harmattan, 1997. (coll. Espaces et Temps du Sport.).

[vii] LONDRES (Albert), « Les géants de la route », in Le Petit Parisien, 27 juin 1924.

[viii] SOBRY (Claude), « Le Tour de France et le dopage », in PORTE (Patrick) et VALA (Dominique), Maillot jaune Regards sur cent ans du Tour de France, Anglet, Atlantica, 2003, p.p. 464-485. (coll. Sport et Mémoire/Musée National du Sport/ Musée Auto Moto Vélo.).

[ix] PENEZ (Jean-Paul), DE POTIER (Jacques), PAGE (François) et CAMUS (Daniel), « Mystère dans le Tour : une des vedettes tombe les bras en croix », in Paris-Match, 1955, p.p. 28-29.

[x] « Le tragique abandon de Mallejac », in L'Équipe, n° 2887,19 juillet 1955, p. 1.

[xi] « Très bon pistard 1314 victoires », in L'Équipe, n° 6440, mardi 15 novembre 1966, p. 2.

[xii] LEULLIOT (Jean), « Le petit prince Jacques Anquetil 1952 la confirmation », in Vélo-Rétro, n° 77, Pomeys, Vélocithèque, p.p. 26-27.

[xiii] IRLINGER (Paul), Les fondements éthiques de la lutte contre le dopage, 2000.

[xiv] SIMPSON (Tom), « Oui, j'ai été dopé », in France-Dimanche, n° 998, 1965, p. 18.

[xv] DE MONDENARD (Jean-Pierre), « Les médailles propres sont rares », in Sport et Vie, n° 9, janvier 1999, p.p. 4-5.

[xvi] ARNAUD (Pierre), « Une histoire du Sport », in La Documentation Française, n° 7019, juin 1995, p. 8. (coll. Documentation Photographique.).

[xvii] SOBRY (Claude), Op. Cit.

[xviii] WILLE (Fabien), Le Tour de France : un modèle médiatique 1903-2003, Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2003, 336 p. (coll. Sport et Sciences Sociales.).

[xix] VIGARELLO (Georges), « Le corps et ses représentations dans l’invention de la gymnastique », in POCIELLO (Christian) (sous la Direction de.), Entre le social et le vital L’éducation physique et sportive sous tensions… (XVIIIème-XXème siècle), Grenoble, P.U.G., 2004, p.p. 27-41. (coll. «  Sports, cultures, sociétés ».).

[xx] VIDAL (Maurice), « Les compagnons du Tour », in Miroir-Sprint, n° 1102, 17 juillet 1967, p. 2.

[xxi] L'Equipe, n° 6622, 14/07/67, p. 2.

[xxii] « Les derniers efforts de Tom Simpson », in Le Miroir du Cyclisme, n° 89 : « Miroir du Tour », août 1967, p. 30.

[xxiii] RADENAC (Michel), « Roger Pingeon : 'Tous les coureurs cyclistes se dopent un jour ou l'autre », in Télé 7 Jours, mardi 7/08/84, p.p. 62-63.

[xxiv] OUILLON (Roger), « Dopage et sport : ça nous intéresse ! », in Ministère de la Jeunesse et des Sports, 2001, 7 p.

[xxv] Paraphrase de l’article de : HEBERT (Georges), « Médecin, halte-là ! », in L’Education Physique, n° 2, 1927, 84 p.

[xxvi] MALLARET M., JAILLARD A. et HIDA H., « Effets physiologiques de la pharmacodépendance », in Sport, Toxiques et Dépendance, Lyon, E.N.S.L., jeudi 29 novembre  1990, p.  7.

[xxvii] PERONNET (François), « Le dopage : une question à regarder en face », in Ibid, p. 3.

[xxviii] DE MONDENARD (Jean-Pierre), « Dopage : l'éducation et l’information des médias », in Ibid., p. 11.

[xxix] Cf. Bibliographie en Annexes.

[xxx] Les travaux conduits par Christian Bromberger, Alex Poyer et Christian Vivier, à propos de la sémiologie de l'image sportive, l'attestent. Cf. Documents n° 2, « Simpson ses derniers kilomètres », in Miroir Sprint, n° 1102 A, 17 juillet 1967, p.p. 8-9 et 11-12.

[xxxi] L'Equipe, n° 6622, 14/07/67, p. 1.

[xxxii] THIERRY (Michel), « À deux kilomètres du sommet, Simpson se mit à tanguer... il s'abattit dans la pierraille », in L'Equipe, n° 6622, 14/07/67, p. 2.

[xxxiii] GODDET (Jacques), « L'hommage à un camarade mort sur la route », in L'Equipe, n° 6623, 15-16/07/67, p. 3

[xxxiv] « L'enquête se poursuit », in L'Equipe, n° 6624, 17/07/67, p. 4.

[xxxv] MICHEA (Abel), « Tom était mort », in Le Miroir du Cyclisme, n° 89 : « Miroir du Tour », août 1967, p. 43.

[xxxvi] POINTU (Raymond), « Une course et des hommes », in Miroir-Sprint, n° 1102, 17 juillet 1967, p. 12.

[xxxvii] GODDET (Jacques), « L'hommage à un camarade mort sur la route », in L'Equipe, n° 6623, 15-16/07/67, p. 3.

[xxxviii] DE MONDENARD (Jean-Pierre), « Les médailles propres sont rares », in Sport et Vie, n° 9, janvier 1999, p.p. 4-5.

[xxxix] Ibid. p. 4.

[xl] BESSON (Émile), « Fenêtres sur Tour », in Miroir-Sprint, n° 1102, 17 juillet 1967, p. 22.

[xli] BURGER (René), « Quo vadis... sport cycliste ? », in Le Miroir du Cyclisme, n° 92, octobre 1967, p.p. 6-7.

[xlii] CLARE (Michel), « Lucien Aimar : ‘Simpson aimait tant la vie’ », in L'Equipe, n° 6622, 14/07/67, p.4.

[xliii] « La fin tragique de Tom Simpson dans le Ventoux », in Le Miroir des Sports, supplément au n° 1194 : « L'Histoire du Tour 67 », 27/07/67, p.p. 42-43.

[xliv] Ibid., p. 44.

[xlv] Interprétation d'ailleurs confirmée par Alex Poyer, spécialiste français de l’histoire du cyclisme et du cyclotourisme.

[xlvi] « L'enquête se poursuit », in L'Equipe, n° 6624, 17/07/67, p. 4.

[xlvii] VAN ASSCHE (Karel), « Dossier doping Le livre interdit », in Revue Belge de la Vélocithèque, Pomeys, 1968, p.p. 25.

[xlviii] Ibid.

[xlix] VIDAL (Maurice), « Les Compagnons du Tour », in Miroir-Sprint, n° 1102, 17 juillet 1967, p. 2. Cf. Documents n° 3, « Hoban en hommage », in Miroir Sprint, n° 1102 A, 17 juillet 1967, p.p. 20-21.

[l] Ibid.

[li] MICHEA (Abel), « Tom était mort », in Le Miroir du Cyclisme, n° 89 : « Miroir du Tour », août 1967, p. 43.

[lii] CROZIER (Michel) et FRIEDBERG (Erhardt), L'acteur et le système, Paris, Ed. du Seuil, 1977.

[liii] CHOVAUX (Olivier) et COUTEL (Charles), (Études réunies par.), Éthique et spectacle sportif, Arras, Artois Presses Université, 2003. (coll. Cultures Sportives.), notamment les articles de SALLE (Loïc) et CARIUS (Manuel).

[liv] Défini par Pierre Bourdieu comme : « Sous ensemble de l’espace social à l’intérieur duquel les agents luttent pour l’appropriation de profits symboliques, matériels ou financiers spécifiques ».

[lv] OLLIVIER (Jean-Paul), Tom Simpson Un champion dans la tourmente, Grenoble, Glénat, 2002, 175 p. (coll. La Véridique Histoire.). Cf. Documents n° 4, « Simpson une riche carrière », in Miroir Sprint, n° 1102 A, 17 juillet 1967, p. 3 et p. 6.

[lvi] PARMENTIER (Claude), « Le dossard numéro trois n'était pas au départ... », in Le Miroir du Cyclisme, n° 90, août 1967, p. 3.

[lvii] RADENAC (Michel), « Roger Pingeon : ‘Tous les coureurs cyclistes se dopent un jour ou l'autre’ », in Télé 7 Jours, mardi 7/08/84, p.p. 62-63.

[lviii] VIDAL (Maurice), « Les compagnons du Tour », in Miroir-Sprint, n° 1102, 17 juillet 1967, p. 5.

[lix] MICHEA (Abel), « Tom était mort », in Le Miroir du Cyclisme, n° 89 : «  Miroir du Tour », août 1967, p. 43.

[lx] Ce que m'a confirmé Alex Poyer, un des spécialistes de l’histoire du cyclisme et du cyclotourisme en France PARMENTIER (Claude), « Le dossard numéro trois n'était pas au départ... », in Le Miroir du Cyclisme, n° 90, août 1967, p. 3.

[lxi]CONESA (Gabriel), DURANTEAU (Catherine), CHANDET (Henriette) et TERRIER (Martial), « Le doping va-t-il tuer le sport ? », in Paris-Match, n° 1155, 29 juillet 1967, p.p. 34-36.

[lxii] SOBRY (Claude), Op. Cit.

[lxiii] SIMPSON (Tommy), Cycling is my Life, London, Stanley Paul, 1966, 180 p.

[lxiv] BESSON (Emile), « Fenêtres sur tour », in Miroir-Sprint, n° 1102, 17 juillet 1967, p. 22.

[lxv] SOBRY (Claude), Op. Cit., p. 477.

[lxvi] Cité par SOBRY (Claude), Ibid.

[lxvii] Ce jeu d'enchères suppose que les deux premiers enchérisseurs donnent toute leur mise au commissaire priseur, mais seul le premier va obtenir l'objet, le second, lui, perd tout.

[lxviii] Capital, n° 118, juillet 2001.

[lxix] RADENAC (Michel), « Roger Pingeon : ‘Tous les coureurs cyclistes se dopent un jour ou l'autre’ », in Télé 7 Jours, mardi 7/08/84, p.p. 62-63.

[lxx] POINTU (Raymond), « Une course et des hommes », in Miroir-Sprint, n° 1102, 17 juillet 1967, p. 13.

[lxxi] Plagiat du livre de CROZIER (Michel) et FRIDBERG (Erhardt), L'acteur et le système, Op.Cit.

[lxxii] GODDET (Jacques), « L'hommage à un camarade mort sur la route », Op.Cit.

[lxxiii] C'est-à-dire les articles qui vont s’attacher à déterminer les causes et non les conséquences dramatiques de l’affaire et cela en dehors de toute compassion.

[lxxiv] MERLIN (Olivier), CONESA (Gabriel), DURANTEAU (Catherine), CHANDET (Henriette) et TERRIER (Martial), « Le doping va-t-il tuer le sport ? », in Paris-Match, n° 1155, 29 juillet 1967, p.p. 34-36.

[lxxv] BROHM (Jean-Marie), « Le phénomène sportif », in Sport, Toxiques et Dépendance, Op.Cit., p. 2.

[lxxvi] MESTRE (Jean-Philippe), « Dopage : le professeur Escande muscle le débat », in Centre-Dimanche, n° 2613, 29 juin 2003, p. 3 et MAITROT (Jean-Luc), Enquête sur les coulisses du dopage, Flammarion, 2003.

[lxxvii] MICHEA (Abel), « Une loi bâclée », in Le Miroir du Cyclisme, n° 91, septembre 1967, p. 31.

[lxxviii] Ibid.

[lxxix] VIDAL (Maurice), « Les compagnons du Tour », in Miroir-Sprint, n° 1102, 17 juillet 1967, p. 5.

[lxxx] Ibid.

[lxxxi] Ibid.

[lxxxii] GABORIAU (Philippe), « L'Auto et le Tour de France. Regard critique sur l'histoire du cyclisme et l'année 1903 », in TERRET (Thierry) (sous la Direction de.), Histoire des sports, Paris et Montréal, L'Harmattan, 1995, p.p. 39-49. (coll. Espaces et Temps du Sport.).

[lxxxiii] BURGER (René) (Ancien Chef de Clinique et de la Faculté de Médecine de Strasbourg), « Quo vadis... sport cycliste ? », in Le Miroir du Cyclisme, n° 92, octobre 1967, p.p. 6-7.

[lxxxiv] Tous les fait relatifs à la dualité Anquetil-Poulidor ont été puisés dans : HANNEGRAVE (Olivier), « Les grands duels du sport Anquetil/Poulidor », France, Arte, 2001, mercredi 23/07/03, 20h40-21h35, 55 minutes.

[lxxxv] DE MONDENARD (Jean-Pierre), « Les médailles propres sont rares », in Sport et Vie, n°9, p.p. 4-5.

[lxxxvi] Suite aux cas avérés de dopage de sportifs américains, lors du Championnat du Monde d'Athlétisme de 2003 en France, la Fédération Américaine a décidé, qu'à compter de 2004, il y aurait suspension à vie pour les contrevenants.

[lxxxvii]Il y a peu de temps, John Mac-Enroe a déclaré qu'il avait été dopé, à son insu, avec des hormones habituellement délivrées aux chevaux, mais plus sérieusement, c'est l'ouvrage de l'ex-cycliste Menthéour qui semble le plus crédible : MENTHEOUR (Erwann) et BLANCHARD (Jean-Claude) (avec la Collaboration de.), Secret défonce Ma vérité sur le dopage, Jean-Claude Lattès, 1999, 188 p.

[lxxxviii] PARMENTIER (Claude), Op.Cit.

[lxxxix] « Dossier Doping le livre interdit par Karen Van Assche, Tom Simpson n'est plus », in Revue Belge Cycliste, août 1968, Vélocithèque de Pomeys, p.p. 14-20.

[xc] VIDAL (Maurice), « Les compagnons du Tour », in Miroir-Sprint, n° 1102, 17 juillet 1967, p. 5.

[xci] BOBET (Jean), « L'escalade de la honte », in Le Miroir du Cyclisme, n° 90, août 1967, p. 15.

[xcii] « Ce qu'ils pensent de la loi et du doping », in Le Miroir du Cyclisme, octobre 1967, n° 92, p.p. 12-15.

[xciii] Ibid.

[xciv] MICHEA (Abel), « Histoire et perspectives du mouvement », in Le Miroir du Cyclisme, n° 94, décembre 1967, p.p. 21-23.

[xcv] VIDAL (Maurice), « Sur Anquetil... Sur le doping… », in Le Miroir du Cyclisme, n° 92, octobre 1967, p. 5.

[xcvi] MICHEA (Abel), « Un loi bâclée », in Le Miroir du Cyclisme, n° 91, septembre 1967, p. 32. Ce journal avait d’ailleurs très tôt conseillé aux coureurs cyclistes de se prendre en mains, via des éducateurs et de créer un « Ordre des Coureurs Professionnels ».

[xcvii] MENTHEOUR (Erwann) et BLANCHARD (Jean-Claude) (avec la Collaboration de.), Secret défonce Ma vérité sur le dopage, Jean-Claude Lattès, 1999, 188 p.

[xcviii] BESSON (Émile), « Le Ventoux est-il coupable ? La majorité répond NON ! », in Miroir-Sprint, n° 1102, 17 juillet 1967, p. 23.

[xcix] SCOB (Michel), « Au nom de l'Union des coureurs professionnels », in Le Miroir du Cyclisme, n° 92, octobre 1967, p. 11.

[c] NICOLAS (Philippe), Le dopage et la maffia, Auray, ALRE-Expédition, 1989, 63 p.

[ci] DURET (Pascal), Sociologie du sport, Paris, Armand Colin, 2001, p.p. 102-104. (coll. Dynamiques.).

[cii] Ibid. p.p. 108-112.

[ciii] Ibid., p.p. 91-114.

[civ] Ibid., p. 94 et LOWEIENSTEIN, « Dopage et société sportive », in Entretiens de l'I.N.S.E.P., 2000.

[cv] DECOURT (Philippe) (Ancien Chef de Clinique à la Faculté de Médecine de Paris), « La véritable affaire Désiré Letort », in Le Miroir du Cyclisme, n° 92, octobre 1967, p.p. 8-11. Cf. Document n° 5, DECOURT (Philippe), « La véritable ‘affaire Désiré Letort’ », in Le Miroir du Cyclisme, n° 92, octobre 1967, p. 11.

[cvi] DUPIN (Gérard), « L'avis d'un médecin : ‘Le contrôle peut être positif et le coureur innocent’ », in L'Equipe, 20 août 1967, p. 2.

[cvii] Selon le Petit Larousse Compact, 1993, il s'agit d'une diminution rapide des forces et de la pression artérielle.

[cviii] Selon BOURDIEU (Pierre), La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Ed. de Minuit, 1979, 670 p.  (coll. Le Sens Commun.), la stratégie de dénégation, à l’intérieur d’un champ, consiste, pour les agents en position intermédiaire, à remettre en question la légitimité des leaders, mais non les valeurs que ces derniers sont sensés véhiculer. La stratégie de subversion consiste, pour les agents dominés, à remettre en question les leaders, mais aussi les valeurs que ces derniers véhiculent à l’intérieur du champ.

[cix] MICHEA (Abel), « Une loi bâclée », in Le Miroir du Cyclisme, n° 91, septembre 1967, p. 30.

[cx] PARMENTIER (Claude), « Le dossard numéro trois n'était pas au départ... », in Le Miroir du Cyclisme, n° 90, août 1967, p. 3.

[cxi] PARMENTIER (Claude), « Défense de se soigner », in Le Miroir du Cyclisme, n° 91, septembre 1967, p. 3.

[cxii] BURGER (René), « Quo vadis... sport cycliste ? », in Le Miroir du Cyclisme, n° 92, octobre 1967, p.p. 6-7. Cf. Document n° 6, PELLOS, « L’épée et les… pelés ! Histoire de pendus », in Le Miroir du Cyclisme, n° 91, septembre 1967, p. 2.

[cxiii] VIDAL (Maurice), « 1967 : De l'orage à l'éclaircie », in Le Miroir du Cyclisme, n° 93, novembre 1967, p. 3.

[cxiv] BOBET (Jean), « L'escalade de la honte », in Le Miroir du Cyclisme, n° 90, août 1967, p.p. 14-15.

[cxv] KATZ (Paul), « L'ancien champion du Monde Van Steenbergen arrêté ! », in Paris-Jour, n° 3110, samedi 13 et dimanche 14 septembre 1969, p.p. 1-3.

[cxvi] MICHEA (Abel), Op.Cit.

[cxvii] BOBET (Jean), « L’escalade de la honte », in Op.Cit, p. 35.

[cxviii] VIDAL (Maurice), « Sur Anquetil... Sur le doping... », in Le Miroir du Cyclisme, octobre 1967, n° 92, p.p. 3-5.

[cxix] PARROT (Paul), « Quand Jacques Anquetil resurgit des profondeurs », in Le Miroir du Cyclisme, n° 92, octobre 1967, p.p. 16-17.

[cxx] Ibid.

[cxxi] DECOURT (Philippe), « Une pièce capitale au dossier du doping », in Le Miroir du  Cyclisme, n° 91, septembre 1967, p.33-34.

[cxxii] Cf. Document n° 7, PELLOS, « Le nouvel homme au marteau », in Le Miroir du Cyclisme, n° 90, août 1967, p. 2.

[cxxiii] MICHEA (Abel) et GODDET (Jacques), « Dans le cadre d'un allègement général il faut tout réformer », in Le Miroir du Cyclisme, n° 93, novembre 1967, p.p. 4-5.

[cxxiv] MARCHAND (Jacques), « De l'éducation... oui, parlons en !.. », in Le Miroir du Cyclisme, n° 93, novembre 1967, p.p. 6-7.

[cxxv] MERLIN (Olivier), CONESA (Gabriel), DURANTEAU (Catherine), CHANDET (Henriette) et TERRIER (Martial), Op.Cit.

[cxxvi] BURGER (René), « Quo vadis... sport cycliste ? », in Le Miroir du Cyclisme, n° 92, octobre 1967, p.p. 6-7.

[cxxvii] RADENAC (Michel), « Roger Pingeon : ‘Tous les coureurs cyclistes se dopent un jour ou l'autre’ », in Télé 7 Jours, 7/08/84, p.p. 62-63.

[cxxviii] ESCANDE Jean-Paul), Des cobayes, des médailles, des ministres, Max Milo Éditions, 2003.

[cxxix] Cf. Note 109.

[cxxx] DE MONDENARD (Jean-Pierre), « Dopage aux jeux olympiques », in La triche récompensée, Paris, Amphora, 1996.

[cxxxi] OUILLON (Roger), Op.Cit.

[cxxxii] SOBRY (Claude), Op.Cit.

[cxxxiii] « Gérer la récupération physique une alternative au dopage », in 3ème Colloque International de Médecine du Sport, Centre des Congrès de Saint-Etienne, 18-19 décembre 2003.

[cxxxiv] BRISSONNEAU (Christophe), Entrepreneurs de morale et carrières de déviants dans le dopage sportif. Prises de position et témoignages vécus dans la médecine du sport et dans deux disciplines sportives, l'athlétisme et le cyclisme sur route (1960-2003), Thèse de Sociologie, Université Paris X Nanterre, vendredi 14 novembre 2003, salle B 015, 14 h.

[cxxxv] ARETS (Raymond), « Tour 68 Et si Van-Springel volait de ses propres ailes... comme Pingeon ? », in  Revue Cycliste Belge, Vélocithèque de Pomeys, juin 1968, p.p. 91-93.

[cxxxvi] PARMENTIER (Claude), « Défense de se soigner », in Le Miroir du Cyclisme, n° 91, septembre 1967, p. 3.

[cxxxvii] Ibid.

[cxxxviii] « La réponse du docteur Dumas », in Le Miroir du Cyclisme, n° 93, novembre 1967, p. 8.

[cxxxix] BURGER (René), « Quo vadis... sport cycliste ? », in Le Miroir du Cyclisme, n° 92, octobre 1967, p. 7.

[cxl] Le Docteur DUMAS, « Les pilules-miracle ne remplacent pas l'entraînement... », in Le Miroir du Cyclisme, n° 93, novembre 1967, p. 9.

[cxli] « Les maillots jaunes dans la seringue », in France-Soir, samedi 28 et dimanche 29 octobre 2000, p.p. 1-3.

[cxlii] KIMMAGE (Paul), A Rough Ride An Insight intro Pro Cycling, London, Sydney, Auckland et Johannesburg, Stanley Paul, 1990, 119 p.

[cxliii] U.C.I., 1900-2000 Un hommage au sport cycliste, Lausanne, 2000, 231 p.

[cxliv] DE MONDENARD (Jean-Pierre), « Les médailles propres sont rares », in Sport et Vie, Op.Cit.

[cxlv] VEDRINNE (Jacques) et BRUNET-GUEDJ (E.), « Aspects juridiques et éthiques du dopage », in Sport, Toxiques et Dépendance, Op.Cit., p.p. 8-9.

[cxlvi] « Dopage quand le sport tue », in Le Nouvel Observateur, n° 1776, du 19 au 25 novembre 1998, p.p. 8-28.

[cxlvii] « Le Tour ça sent si bon la France », in Paris-Match, n° 2824, du 3 au 9 juillet 2003, p. 66.